Un article écrit par Radio-Canada

Face à la violence des narcos, l’Équateur se déclare en « état de guerre »

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À Quito, des soldats patrouillaient mercredi autour du palais Carondelet, siège du gouvernement et résidence officielle du président, à la suite d'une trentaine d'attaques qui seraient survenues, selon le gouvernement équatorien, depuis l'annonce de l'évasion du chef du puissant gang des Choneros, Adolfo Macias, alias «Fito».Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
À Quito, des soldats patrouillaient mercredi autour du palais Carondelet, siège du gouvernement et résidence officielle du président, à la suite d'une trentaine d'attaques qui seraient survenues, selon le gouvernement équatorien, depuis l'annonce de l'évasion du chef du puissant gang des Choneros, Adolfo Macias, alias «Fito».

Le président équatorien Daniel Noboa a déclaré mercredi son pays en « état de guerre » contre les bandes criminelles liées au narcotrafic à l'origine d'une vague de violences sans précédent qui ont fait au moins dix morts en Équateur depuis lundi.

Des centaines de soldats patrouillent dans les rues quasi désertes de la capitale, Quito, les habitants se terrant chez eux par crainte d'un nouvel épisode de violence qui suscite l'inquiétude de la communauté internationale.

Il y a de la peur, il faut être prudent, regarder par-ci, par-là. Si je prends ce bus, que va-t-il se passer? témoigne auprès de l'AFP sous couvert de l'anonymat une femme de 68 ans qui se rend à son travail dans le nord de Quito. Elle assure être terrorisée par la violence qui règne dans le pays.

L'évasion dimanche de la prison à haute sécurité de Guayaquil du redouté chef du gang des Choneros, Adolfo Macias, alias Fito, ainsi que les mutineries dans de nombreuses prisons du pays ont déclenché une réponse musclée du président Daniel Noboa, 36 ans, élu à l'automne sur la promesse de rétablir la sécurité dans le pays.

Nous sommes en état de guerre et nous ne pouvons pas céder à ces groupes terroristes, a assuré mercredi M. Noboa après avoir déclaré la veille le pays en conflit armé interne.

Nous luttons pour la paix nationale, nous luttons aussi contre des groupes terroristes qui comptent aujourd'hui plus de 20 000 membres, a-t-il ajouté.

Le plus jeune président de l'histoire de l'Équateur a décrété lundi l'état d'urgence pour 60 jours dans tout le pays, y compris dans les prisons, devenues des centres d'opération pour les narcotrafiquants.

Série de mutineries dans les prisons

Fito s'était déjà évadé en 2013 d'une prison à haute sécurité avant d'être repris au bout de trois mois. Son nom avait fait la une de la presse après l'assassinat début août d'un des principaux candidats à la présidentielle, qui avait fait état, peu avant son exécution, de menaces de mort de la part du chef des Choneros.

Ce gang, d'environ 8000 hommes selon les experts, est devenu le principal acteur du narcotrafic florissant en Équateur.

Plusieurs mutineries et prises d'otages de gardiens touchent depuis lundi diverses prisons, relayées par d'effrayantes vidéos diffusées sur les réseaux sociaux qui montrent les captifs menacés par les couteaux de détenus masqués et l'exécution d'au moins deux gardiens par arme à feu et par pendaison.

Plus de 100 gardiens et agents administratifs sont retenus en otages dans au moins cinq prisons, selon l'administration pénitentiaire, qui communique très peu sur le sujet.

Des hommes armés ont même fait irruption mardi sur le plateau d'une télévision publique à Guayaquil, prenant en otages des journalistes et des employés jusqu'à l'intervention des forces de l'ordre.

Le même jour, un autre chef de gang (Los Lobos), Fabricio Colon Picole, s'est également évadé.

Les États-Unis, l'Union européenne, le Brésil, la Colombie, le Chili ou encore le Venezuela ont dénoncé ces violences.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, John Kirby, a dit que les États-Unis sont prêts à prendre des mesures concrètes, excluant cependant tout soutien militaire.

Hausse vertigineuse du nombre d'assassinats

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, est très alarmé par la détérioration de la situation en Équateur, a déclaré son porte-parole, Stéphane Dujarric.

La France et la Russie ont déconseillé à leurs ressortissants de se rendre dans ce pays et le Pérou a déclaré l'état d'urgence le long de sa frontière. La Colombie a aussi annoncé des renforts à sa frontière avec l'Équateur.

Les forces de sécurité équatoriennes ont diffusé des images de leurs interventions depuis dimanche dans divers pénitenciers, montrant des centaines de détenus en sous-vêtements, mains sur la tête et allongés sans ménagement sur le sol.

Ces images rappellent la communication du président salvadorien Nayib Bukele, crédité d'avoir rétabli, grâce à sa guerre contre les gangs, la sécurité dans son pays, au prix d'une restriction des droits des détenus, selon les organisations de défense des droits de la personne.

L'Équateur, naguère havre de paix, est ravagé par la violence après être devenu le principal point d'exportation de la cocaïne produite au Pérou et en Colombie, pays voisins. Le nombre d'assassinats y a augmenté de 800 % entre 2018 et 2023, passant de 6 à 46 pour 100 000 habitants. En 2023, 7800 homicides ont été comptabilisés et 220 tonnes de drogues saisies.

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