Un article écrit par Rosanna Tiranti

Aide médicale à mourir : un député bloquiste dénonce le « manque de courage » d’Ottawa

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Le député bloquiste Luc Thériault était l'invité de Daniel Thibeault à l'émission «Les coulisses du pouvoir». Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Le député bloquiste Luc Thériault était l'invité de Daniel Thibeault à l'émission «Les coulisses du pouvoir».

La semaine dernière, le gouvernement fédéral a jeté un pavé dans la mare en reportant jusqu'en 2027 l'admissibilité des personnes atteintes de troubles mentaux.

Le député bloquiste Luc Thériault dénonce le recul et le « manque de courage » d’Ottawa dans le dossier de l’aide médicale à mourir.

Le ministre fédéral de la Santé, Marc Holland, a fait valoir que les systèmes de santé provinciaux ne sont pas prêts et qu'ils ont besoin de temps pour élargir le programme d'aide médicale à mourir afin d'inclure les personnes dont le seul problème médical est une maladie mentale.

On travaille à la dernière minute, on travaille tout croche et on n'a pas de réelle intention d'y aller […]. Ce qui manque, c’est le courage politique de laisser faire les sondages et de regarder l'intérêt des patients, a lancé Luc Thériault, député bloquiste de Montcalm, en entrevue à l'émission Les Coulisses du pouvoir.

De son côté, Québec se dit prêt et presse Ottawa de faire des gestes concrets dans le dossier de l'aide médicale à mourir.

En 2021, le rapport du Comité mixte indépendant sur l'aide médicale à mourir avait recommandé au gouvernement fédéral d’aller de l'avant avec les demandes anticipées des personnes majeures aux prises avec de la démence et la maladie d’Alzheimer.

Pour Luc Thériault, ce recul – à moins d’un changement d’ici la date butoir du 17 mars – signifie que les patients qui choisissent l’aide médicale à mourir auront le fardeau de faire valoir leurs droits et de se défendre en cour.

Il déplore que les seules options qui s'offrent présentement à ces personnes pour abréger leurs souffrances consistent à emprunter la voie judiciaire ou à mettre fin elles-mêmes à leurs jours.

Une demande claire de Québec

Même si Québec a une loi sur l’aide médicale à mourir depuis 2015, un blocage subsiste du côté du Code criminel (de compétence fédérale). Les ministres des Aînés, de la Justice et des Relations canadiennes du Québec ont réclamé d’une même voix une modification au Code.

Nous le faisons pour les personnes qui sont en attente. Derrière ces personnes, il y a des tragédies humaines.

Sonia Bélanger, ministre des Aînés du Québec

Un amendement permettrait de faire progresser les demandes anticipées et de protéger les médecins.

Le député Thériault soutient cette demande du Québec. Assurons-nous que si on ouvre la porte au consentement anticipé, le médecin qui travaille avec le patient ne se retrouve pas dans une situation où il pourrait se faire accuser au criminel, souligne-t-il.

Réponse floue du fédéral

Le cabinet du ministre de la Justice du Canada, Arif Virani, a rapidement réagi à la demande de Québec, mais sa réponse entretient un certain flou.

La loi criminelle s'applique partout au Canada, assurant des normes cohérentes à l'échelle nationale. Cela garantit que les individus à travers le pays doivent se conformer aux mêmes règles, peu importe l'endroit, ne laissant aucune place à l'évasion des conséquences dans différentes juridictions [sic]. C'est pourquoi, dans le cas de l'aide médicale à mourir (AMM), il est important que tous les médecins et acteurs du système respectent les normes nécessaires, dans toutes les provinces, avant de procéder.

Cette réponse ne satisfait pas le cabinet de la ministre Sonia Bélanger.

Le fédéral va devoir expliquer aux familles touchées son insensibilité. On ne veut pas qu’il balaie du revers de la main une demande aussi légitime de la part du Québec.

Sonia Bélanger, ministre des Aînés du Québec

Le cabinet de la ministre Bélanger fait valoir que le Québec dispose de solutions législatives pour aller de l’avant, sans préciser lesquelles.

Approches différentes

Un consensus existe au Québec sur la question de l’aide médicale à mourir, comme le souligne le Collège des médecins. Le Québec a d’ailleurs été la première province canadienne à se doter d’une loi en la matière, en 2015. Cependant, le ton et l’ouverture lorsqu'il s'agit de l’aide médicale à mourir ne sont pas les mêmes à Ottawa.

Probablement parce qu'aucun parti politique au Québec ne doit l'élection de son chef à la droite religieuse [...]. Quand tu dois rendre des comptes à la droite religieuse, tu y vas de façon électoraliste, analyse Luc Thériault, qui siège au Comité mixte sur l’aide médicale à mourir.

Lieutenant du Parti conservateur au Québec, Pierre Paul-Hus affirme que sur les questions sociales comme l’aide médicale à mourir, le vote est libre pour les députés de sa formation.

Vous me posez la question à moi, est-ce qu’on devrait avoir des demandes anticipées [d’aide médicale à mourir]? Je vous dis personnellement : oui. Mes collègues du Québec également trouvent que c'est une idée qui est très bonne. J'ai des collègues d'ailleurs qui ne sont pas certains [...]. Sur chaque enjeu social, chez nous, on vote avec notre conscience.

M. Paul-Hus dit être en faveur de la modification du Code criminel pour permettre les demandes anticipées, comme le demande le Québec.

Le député Luc Thériault déplore cependant l’opposition systématique des collègues conservateurs qui compliquent et ralentissent le travail ainsi que l’avancée des pièces législatives à la Chambre des communes et au Sénat.

M. Thériault a encore du travail à accomplir dans le dossier de l'aide médicale à mourir et espère voir des avancées d’ici les élections de 2025.

Cette entrevue avec Luc Thériault sera diffusée à l'émission Les coulisses du pouvoir à 11 h sur les ondes d'ICI RDI et ICI TÉLÉ.