Un article écrit par Francis Plourde

Un « avant-goût du futur » : l’industrie du ski face à sa nouvelle réalité en C.-B.

Économie > Environnement

Whistler Blackcomb, le 29 décembre 2023. C'est l'une des nombreuses stations de ski qui souffrent du manque de neige dans l'ouest du pays. Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Whistler Blackcomb, le 29 décembre 2023. C'est l'une des nombreuses stations de ski qui souffrent du manque de neige dans l'ouest du pays.

En Colombie-Britannique, Whistler Blackcomb, la plus importante station de ski en Amérique du Nord, n'échappe pas aux aléas de la météo. Pour plusieurs, la saison actuelle est un avant-goût des effets des changements climatiques sur une industrie de 2 milliards de dollars et qui emploie plus de 20 000 personnes dans la province.

À la boutique de skis et vélos Fanatyk de Whistler, des clients préparent déjà leur saison de vélo de montagne, en plein mois de février.

Pemberton au nord de Whistler], le monde fait du ski doo d’habitude, mais cette année, il n’y a pas de neige, alors toutes les pistes de vélo traditionnelles sont ouvertes, raconte Bernard Duval.

Le Québécois, établi dans la région depuis 45 ans, a vu toutes sortes d’hivers depuis son arrivée. Définitivement, cette année est différente, dit-il. Ce n’est pas la meilleure, mais ce n’est pas la pire.

Dans la boutique dont il est l’associé, l’équipement de ski est déjà en solde. Après un début de saison plutôt lent, la montagne a été touchée en janvier par une série de rivières atmosphériques. En raison du temps chaud associé au phénomène El Niño, cette année, les précipitations sont tombées sous forme de pluie, même au sommet.

Depuis, les équipes en montagne travaillent d’arrache-pied pour réaménager les pistes. L’absence de poudreuse et de neige au bas des pistes semble toutefois rebuter les visiteurs, qui doivent payer jusqu’à 300 $ s’ils achètent leur billet le jour même.

Dans le village piétonnier de Whistler, plusieurs commerçants signalent un achalandage moins important que d’habitude à cette période de l’année.

Spectacle inhabituel en février, les canons à neige fonctionnent toujours à plein régime, dans l’espoir de sauver le reste de la saison.

C’est absolument un défi, confirme Dane Gergovic, porte-parole de Vail Resorts, propriétaire du complexe de Whistler-Blackcomb. La montagne n’est pas aussi accessible qu’en temps normal, mais dès que la température le permet, nos équipes fabriquent de la neige.

Whistler, en raison d’un domaine skiable majoritairement situé à plus de 2000 mètres d’altitude, s’en tire toutefois à meilleur compte que d’autres stations de ski moins en hauteur.

Dans le Grand Vancouver, le mont Seymour n’a toujours pas rouvert ses pistes, tandis que la station Cypress, qui a accueilli des épreuves des Jeux olympiques d’hiver de 2010, n'a que quelques pistes d'ouvertes et ne permet plus à sa clientèle de skier jusqu'en bas des pentes.

Dans une province où, selon la Canada West Ski Areas Association, ce secteur génère plus de 2 milliards de dollars par an et emploie plus de 20 000 personnes, la situation inquiète.

Les prochaines semaines seront déterminantes. En l’absence de neige, certains, comme l’ancien maire de Whistler,Ken Melamed, craignent même que Whistler-Blackcomb, malgré ses infrastructures, ne puisse pas demeurer ouverte jusqu’à la fin mai, comme c’est généralement le cas.

C’est vraiment triste et même ça me met en colère, dit-il, associant cette année inhabituelle au réchauffement planétaire. Des gouvernements successifs ont failli à faire ce qu’il fallait faire, et on voit les conséquences de n’avoir rien fait.

Un avant-goût du futur

Ce qu’on voit cette année est un avant-goût du futur, croit aussi Arthur De Jong. On va avoir de bonnes saisons de ski dans l’avenir, mais moins.

Cet ancien directeur du développement durable à Whistler-Blackcomb, aujourd’hui consultant et conseiller municipal, a été un des principaux architectes de la stratégie de la station pour s’adapter aux changements climatiques, en misant notamment sur la diversification de ses activités.

Résultat : selon Tourism Whistler, environ 55 % des quelque 3 millions de visiteurs annuels dans la région choisissent la période estivale plutôt que l’hiver, afin de profiter d’activités en plein air comme le golf ou le vélo.

Selon lui, les stations en basse altitude doivent rapidement amorcer cette transition pour survivre à des variations de température de plus en plus importantes.

Tous les climatologues auxquels je parle indiquent que les domaines skiables en basse altitude ont très peu de marge de manœuvre, ils n’en avaient pas depuis un moment déjà et ils en ont de moins en moins.

Arthur De Jong, consultant et conseiller municipal

Malgré une année difficile, le PDG de la Canada West Ski Areas Association, Christopher Nicolson, lui, s’avère plus optimiste. Je suis presque certain qu'il y aura une industrie dans 20 ans, croit-il. Elle sera toujours florissante, même dans des endroits comme Vancouver.

Une version audio de ce reportage est diffusée à l’émission Tout terrain.