Un article écrit par Radio-Canada

Crise au Sénégal : un troisième mort, la contestation se poursuit

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Des manifestants protestent contre le report de l'élection décidée par le président, Macky Sall.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Des manifestants protestent contre le report de l'élection décidée par le président, Macky Sall.

Un étudiant de 16 ans a été tué au cours de heurts avec les forces de sécurité dans le sud du Sénégal, secoué depuis huit jours par le report surprise de l'élection présidentielle, portant à trois le nombre de morts depuis le début de la contestation.

Landing Camara (dit Diedhiou) est mort samedi soir des suites de ses blessures à l'hôpital régional de Ziguinchor, fief de l'opposant emprisonné Ousmane Sonko, où des affrontements entre groupes de jeunes et forces de sécurité se sont poursuivis samedi.

Les États-Unis appellent à rétablir le calendrier électoral

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, l'ambassade des États-Unis au Sénégal a présenté ses condoléances aux familles et amis des victimes. Nous exhortons toutes les parties à agir de manière pacifique et mesurée, et nous continuons à demander au président Sall de rétablir le calendrier électoral, de restaurer la confiance et d'apaiser la situation, a-t-elle déclaré.

L'Union européenne (UE) présente ses condoléances aux proches des défunts et appelle les autorités à garantir les libertés fondamentales, a pour sa part réagi sur X Nabila Massrali, porte-parole du chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell.

Dimanche soir, Walf TV, une télévision privée sénégalaise suspendue il y a une semaine pour incitation à la violence à travers ses images sur les protestations, a été rétablie.

On remercie le peuple sénégalais qui s'est beaucoup battu, et le président pour son geste qui libère tout un peuple, a déclaré à l'AFP Cheikh Niass, le PDG de la chaîne.

Le 3 février, Macky Sall a pris tout le monde de court en reportant les élections à trois semaines du scrutin, une décision entérinée par l'Assemblée nationale qui a voté un ajournement de l'échéance électorale au 15 décembre, après avoir expulsé par la force les députés de l'opposition.

L'Assemblée a aussi voté le maintien au pouvoir de M. Sall jusqu'à la prise de fonctions de son successeur, vraisemblablement au début de 2025. Son deuxième mandat expirait officiellement le 2 avril.

Forte mobilisation

Vendredi, l'ensemble du pays a été secoué par une contestation de grande ampleur, qui a été réprimée par les forces de sécurité. Celles-ci dispersaient les gens rassemblés au moyen de gaz lacrymogènes.

La majorité des villes ont retrouvé leur calme samedi, dont Dakar, la capitale. Mais à Ziguinchor, chef-lieu de Casamance, les heurts ont continué, impliquant des dizaines de jeunes, parfois très jeunes, qui ont formé des barrages et jeté des pierres aux forces de sécurité.

Un jeune de 19 ans a reçu un projectile sur la tête et il est décédé de ses blessures à la réanimation, hier soir, a déclaré dimanche à l'AFP un responsable hospitalier sous couvert de l'anonymat.

Il y a eu plusieurs blessés graves pendant les manifestations, et l'un est décédé. Il a été atteint d'une balle à la tête, a affirmé de son côté à l'AFP Abdou Sané, coordinateur du parti d'opposition Pastef à Ziguinchor.

Le garçon était un lycéen qui habitait le quartier communément appelé Grand Dakar de Ziguinchor, a-t-il précisé.

Une enquête a aussi été ouverte après la mort, vendredi, d'un étudiant en géographie de 22 ans à Saint-Louis (nord) dans des circonstances encore floues. Un vendeur ambulant a également succombé à ses blessures samedi à Dakar, victime selon ses proches d'un tir de gendarme, la veille.

Coup d'État constitutionnel

Le report de la présidentielle a soulevé une indignation largement partagée sur les réseaux sociaux, l'opposition criant au coup d'État constitutionnel.

Les partenaires internationaux du Sénégal ont exprimé leur préoccupation et appelé à organiser des élections le plus rapidement possible.

Samedi, la mobilisation s'est étendue à la diaspora, et des manifestations ont drainé quelques milliers de personnes à Paris et à Berlin.

La répression des manifestations au Sénégal a suscité l'indignation de l'opposition.

Nous prenons à témoin la communauté régionale et internationale, face aux dérives de ce pouvoir finissant.

Khalifa Sall, un des principaux candidats à la présidentielle

La coalition du candidat antisystème Bassirou Diomaye Faye, qui a reçu le soutien d'Ousmane Sonko, a dénoncé la brutalité des forces de sécurité qui ont exercé des violences inouïes.

Elle a salué les efforts de la société civile et des acteurs politiques pour faire barrage au coup d'État constitutionnel du président Sall et maintenir la présidentielle le 25 février.

Une nouvelle manifestation lancée par un collectif de la société civile, Aar Sunu Election (Protégeons notre élection), est prévue mardi.

Face à la répression, il faut une stratégie de lutte citoyenne. La désobéissance civile est une arme que l'on va utiliser pour mettre ce pays à l'arrêt et rétablir la légalité constitutionnelle, a déclaré à l'AFP Malick Diop, coordinateur de ce collectif.