Un article écrit par Véronique Duval

La crise du logement freine l’installation de jeunes en région

Économie > Logement

Une trentaine de jeunes professionnels n'ont pas pu s'établir au Bas-Saint-Laurent l'an passé en raison de la pénurie de logements, selon l'organisme «Place aux jeunes en région». (Photo d'archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Une trentaine de jeunes professionnels n'ont pas pu s'établir au Bas-Saint-Laurent l'an passé en raison de la pénurie de logements, selon l'organisme «Place aux jeunes en région». (Photo d'archives)

L'organisme « Place aux jeunes en région » rapporte que le nombre de migrations ratées de jeunes de 18 à 35 ans en raison de la difficulté à trouver un logement en région s'élève à plus de 700 dans l'ensemble de la province pour l’année 2023.

En 2021, le nombre de ces migrations avortées s’était élevé aux alentours de 500, selon l'organisme. On voit que c’est en augmentation, a fait observer Frédéric Raymond, directeur général de Place aux jeunes en région, à l'émission Même fréquence.

Pour le Bas-Saint-Laurent, il estime que l’an dernier, une trentaine de jeunes professionnels n'ont pas pu s'y établir en raison de la pénurie de logements. Même chose pour une vingtaine de jeunes qui n'ont pas pu concrétiser leur projet en Gaspésie.

Ne pas trouver de logement, c'est ça qui va les arrêter de pouvoir venir s'installer en région. Le logement, c’est un besoin de base. Si on n'a pas ça, il ne peut pas y avoir d'établissement.

Frédéric Raymond, directeur général de « Place aux jeunes en région »

La période pandémique a donné lieu à une augmentation de 20 % [du nombre de] jeunes qui ont utilisé nos services et qui ont migré en région [...]. Mais la difficulté de trouver des logements fait en sorte que ça limite le monde qu'on pourrait amener en région, a expliqué M. Raymond.

L’organisme dénonce les répercussions sociales et économiques de ces rendez-vous manqués. Selon une étude réalisée par la firme Aviseo pour Place aux jeunes en 2023, chaque migration entraînerait des retombées économiques annuelles de 131 000 $ pour le milieu.

S'adapter aux réalités locales

Frédéric Raymond demande aux divers ordres de gouvernement d'adapter leurs mesures pour stimuler la construction de logements.

Il faut s'assurer que les actions, les politiques et les programmes qui vont être mis en œuvre puissent être adaptés de façon locale et régionale, a mentionné M. Raymond.

Il explique qu'au Bas-Saint-Laurent, les problèmes de Rimouski ne sont pas les mêmes que ceux de Matane ou d'Amqui.

Il faut que les programmes, les actions qui vont être portées, soient différents d’un territoire à l'autre.

Frédéric Raymond, directeur général de « Place aux jeunes en région »

Bien que les autorités municipales aient peu d’autorité en matière de logement, elles ont une responsabilité en matière de réglementation, rappelle M. Raymond. Il donne l’exemple de la tendance à favoriser la construction de petits logements.

Pour une famille de deux adultes et deux enfants, un trois et demi, ça ne fait pas l'affaire, donc il faut que les municipalités aussi aient ça en tête et fassent en sorte que les prochaines constructions puissent répondre à une demande réelle du milieu, estime-t-il.

Des jeunes prêts à faire le saut

Martin Poirier, agent de « Place aux jeunes en région » dans Rimouski-Neigette, revient de Montréal, où il a participé à la Semaine des régions. Il dit avoir rencontré des jeunes intéressés à migrer, notamment des médecins diplômés, des pharmaciens et de jeunes couples.

C’est la notion de qualité de vie et l’accès à la propriété qui les attirent en région, a-t-il souligné en entrevue au Téléjournal Est-du-Québec.

Or, même si l’agent remarque que l’engouement pour les régions observé pendant la pandémie est toujours présent, c’est l’entrée sur le territoire qui demeure difficile.

On n’arrive pas à rattraper le nombre de jeunes qui partent avec le nombre de jeunes qui arrivent. Et la difficulté à trouver un logement n’aide pas, a affirmé Martin Poirier. Les employeurs le savent. Même s'ils sont prêts à les embaucher, ils leur accordent quelques mois pour trouver un logement et s’installer.