Un article écrit par Cédric Lizotte

Source de milliards en revenus, plusieurs étudiants étrangers vivent dans la pauvreté

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Des étudiants étrangers font la queue devant un kiosque de Khalsa Aid afin de recevoir des denrées à Ottawa, en Ontario. Selon Jindi Singh, son organisme reçoit de plus en plus d'appels d'étudiants en situation de pauvreté.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Des étudiants étrangers font la queue devant un kiosque de Khalsa Aid afin de recevoir des denrées à Ottawa, en Ontario. Selon Jindi Singh, son organisme reçoit de plus en plus d'appels d'étudiants en situation de pauvreté.

Alors que les étudiants étrangers sont la source de milliards de dollars en revenus pour les collèges et les universités, ils sont nombreux à vivre dans la pauvreté et à peiner à se loger, selon plusieurs intervenants du milieu.

Les établissements d'enseignement qui accueillent ces étudiants étrangers se font des milliards avec cette situation, [mais] il n'y a absolument aucun service d'accompagnement pour ces étudiants, qui sont laissés à eux-mêmes, selon Jindi Singh, qui dirige Khalsa Aid Canada, une organisation caritative.

Selon les dirigeants de plusieurs organisations du genre qui tentent d’aider les étudiants qui vivent en situation de pauvreté, le logement est le problème le plus criant, surtout dans les grands centres.

Le logement dans le Grand Toronto, c'est comme le Far West, affirme la présidente de la College Student Alliance, Azi Afousi.

De plus, depuis le 1er janvier, les étudiants étrangers ne sont pas autorisés à travailler plus de 20 heures par semaine. Cette situation signifie que certains étudiants doivent même utiliser les services d’organismes caritatifs pour se nourrir, ajoutent M. Singh et Mme Afousi.

Deux milliards de dollars

Les étudiants étrangers originaires de l'Inde ont contribué à eux seuls à hauteur de deux milliards de dollars aux revenus de fonctionnement des établissements postsecondaires de l'Ontario l'année dernière. Le gouvernement provincial, lui, a donné environ 1,8 milliard de dollars de financement à ces mêmes établissements, selon un rapport publié en septembre 2023 par le cabinet-conseil Higher Education Strategy Associates.

M. Singh affirme que son organisme reçoit environ cinq appels par jour d’étudiants étrangers établis à Brampton, en Ontario, et qui peinent à se loger, à se nourrir ou même à se vêtir adéquatement. Il ajoute que son organisme en recevait environ cinq par semaine l’an dernier.

Nous pensons vraiment que ce n'est pas notre rôle de nourrir ces jeunes gens, dit-il.

Les étudiants étrangers paient quatre fois plus de frais de scolarité que les étudiants ontariens. Le fait que les universités et les gouvernements ne fournissent pas de services complémentaires tels que le logement, la nourriture et l'orientation professionnelle signifie qu’il s’agit d’une pure usine à profits, a-t-il ajouté.

Pour Mme Afousi, ce problème est exacerbé par le sous-financement chronique de l'enseignement postsecondaire en Ontario.

Selon un rapport de la vérificatrice générale de l'Ontario publié en décembre 2021, dans les 24 collèges publics de la province, 68 % des revenus des droits de scolarité proviennent d’étudiants étrangers. Le Collège Northern de Timmins, dans le Nord de l’Ontario, est arrivé en tête de liste avec des droits de scolarité d'étudiants étrangers qui ont représenté 92 % des revenus de scolarité en 2021.

Moins d’heures de travail par semaine

Si le gouvernement fédéral a imposé un plafond au nombre d’étudiants étrangers au pays et augmenté le plancher financier disponible pour ceux qui viennent étudier au pays, ces intervenants rappellent que ces annonces ne sont d’aucune aide pour ceux qui sont déjà au Canada.

De plus, la nouvelle règle qui force les étudiants à travailler un maximum de 20 heures par semaine, en vigueur depuis le 1er janvier, exacerbe une situation déjà précaire, explique Mme Afousi.

Travailler moins d’heures signifie avoir moins d’argent, ce qui nuit au budget pour le logement et pour la nourriture et ce qui affecte la santé mentale, ajoute-t-elle.

Dans le cas des étudiants, c'est encore plus dramatique parce que les résultats scolaires sont eux aussi affectés.

Azi Afousi, présidente de la College Student Alliance

M. Singh affirme que la situation est particulièrement grave à Brampton, une ville qui compte 35 établissements d'enseignement supérieur agréés et qui attire chaque année des dizaines de milliers d'étudiants étrangers. Depuis juin dernier, Khalsa Aid a livré plus de 5000 sacs d'épicerie remplis de denrées non périssables à des étudiants étrangers, ajoute-t-il.

De plus en plus de personnes en difficulté

Mme Afousi explique que son organisme reçoit un nombre accru d’appels à l’aide d’étudiants étrangers qui ont de la difficulté à se loger.

Même son de cloche du côté de Deepa Mattoo, membre du conseil d'administration de Sukhmani Haven, un organisme caritatif qui offre des logements gratuits à des étudiants étrangers en situation de pauvreté à Mississauga et à Brampton. Nous constatons un nombre sans précédent de personnes en difficulté, a-t-elle déclaré.

La situation est vraiment compliquée en ce moment, selon Mme Mattoo. Il n'y a pas beaucoup d'espaces locatifs disponibles, ou alors ils sont disponibles à un prix si élevé qu'en fin de compte, on est exclu par le prix.

M. Singh reproche au gouvernement fédéral d'avoir accueilli un nombre record d'étudiants étrangers – 800 000 en 2022, puis 900 000 en 2023 – sans s'assurer qu'il y avait suffisamment de logements.

Les étudiants étrangers ne sont pas responsables de la pénurie de logements, explique Julie Lafortune, porte-parole d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Il est clair que le nombre d'étudiants qui arrivent au Canada est devenu insoutenable.

Julie Lafortune, porte-parole d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC)

Un porte-parole du ministère des Collèges et des Universités de l'Ontario n'a pas répondu à la question de savoir si la province augmentera le financement qu’elle accorde aux établissements d’enseignement postsecondaire. Il a plutôt fait référence à un communiqué de presse publié en janvier, selon lequel la province exigera de tous les collèges et de toutes les universités qu'ils garantissent des possibilités de logement aux nouveaux étudiants étrangers.

Avec des informations de Saloni Bhugra, de CBC