Un article écrit par Christian Noël

« Plein de m... » : la francophonie ontarienne appuie Francis Drouin

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Le député libéral Francis Drouin. (Photo d'archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Le député libéral Francis Drouin. (Photo d'archives)

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se porte à la défense du député libéral Francis Drouin, qui s'est retrouvé sur la sellette après avoir tenu des propos vulgaires, dans une lettre dont Radio-Canada a obtenu copie.

M. Drouin a été plongé dans la controverse, la semaine dernière, après avoir traité, en comité parlementaire, des témoins militant pour la protection du français au Québec, dont les propos semblaient l'exaspérer, de plein de marde. Le député libéral a immédiatement retiré ses propos grossiers et s'en est excusé depuis.

Son esclandre lui a valu des remontrances. Des députés du Parti conservateur et du Bloc québécois ont notamment exigé sa démission en tant que membre du Comité permanent des langues officielles et son renvoi à titre de président de l’Assemblée des parlementaires de la Francophonie (APF).

Pour le président de l'AFO, Fabien Hébert, le député Francis Drouin est un allié qui a la francophonie à coeur.

La lettre de l'organisme, qui représente les quelque 800 000 Franco-Ontariens de la province, est adressée au président du comité, René Arseneault, et aux autres députés qui y siègent.

Depuis que M. Drouin a été élu, il a été un député disponible, à l’écoute, et a œuvré pour le bien de la francophonie, écrit M. Hébert.

Il a été un allié pour l’obtention de l’Université de l’Ontario français et la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l'Ontario

La lettre souligne également que Francis Drouin assume très bien ses fonctions à la présidence de l’Assemblée des parlementaires de la Francophonie.

Réunion extraordinaire

Le Comité permanent des langues officielles doit tenir une rencontre d’urgence en lien avec ces propos controversés mercredi matin, à la demande du Parti conservateur et du Bloc québécois.

Les membres du comité doivent se rencontrer dès 10 h afin de débattre et de voter sur une motion qui forcerait le témoignage du ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault, à ce sujet.

Les Québécois ainsi que les francophones du Canada méritent d’entendre les commentaires du ministre sur les propos inacceptables de Francis Drouin, selon les signataires conservateurs et bloquistes de la motion, qui souhaitent que le ministre condamne ce comportement honteux.

Le député conservateur Joël Godin exige que M. Drouin démissionne du Comité permanent des langues officielles. Le bloquiste Mario Beaulieu, quant à lui, demande son renvoi comme président de l’APF.

Des nuances à apporter, selon une politologue

C'est en particulier le témoignage en comité du chercheur indépendant Frédéric Lacroix, qui était accompagné de Nicolas Bourdon, professeur et membre du Regroupement pour le cégep français, qui a fait sortir Francis Drouin de ses gonds.

M. Lacroix présentait sa thèse selon laquelle le surfinancement des universités anglophones est une cause directe de l’anglicisation au Québec. Pour appuyer ses propos, il citait notamment une étude de Statistique Canada qui souligne que ceux qui fréquentent les universités anglophones se retrouvent plus souvent par la suite dans un milieu de travail anglophone.

Cette analyse manque de nuances, selon Stéphanie Chouinard, professeure agrégée de science politique au Collège militaire royal du Canada, parce qu'elle ne tient pas compte d’autres facteurs, comme la langue parlée à la maison ou la langue de socialisation.

Parce que j’utilise l’anglais au travail, dit-elle, ça ne veut pas dire que je l’utilise dans les commerces, que j’achète ma pinte de lait en anglais parce que j’ai étudié en anglais.

Il y a cet aspect-là de la discussion où on a trouvé que les chercheurs étaient un peu fort de café, avec les extrapolations qu’ils faisaient à partir des chiffres de Statistique Canada.

Stéphanie Chouinard, professeure agrégée de science politique au Collège militaire royal du Canada

Le président de l’AFO laisse entendre pour sa part que ce débat concernant les insultes proférées par Francis Drouin est une perte de temps.

Fabien Hébert invite respectueusement le comité à débattre plutôt de sujets touchant réellement les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens, comme le sous-financement des organismes franco-ontariens, le financement postsecondaire en Ontario et l’investissement promis par les libéraux pour l’Université de Sudbury, qui se fait toujours attendre.

C’est en discutant de ces sujets qu’on fera réellement avancer la francophonie et les langues officielles, soutient la lettre de l'AFO.