Un article écrit par Bassirou Bâ

Fort McMurray « mieux préparée » à évacuer, mais le souvenir de 2016 reste présent

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Plus de 6000 résidents de Fort McMurray ont été évacués mardi vers Lac La Biche, Cold Lake et Edmonton, à cause d'un feu qui se fait de plus en plus menaçant.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Plus de 6000 résidents de Fort McMurray ont été évacués mardi vers Lac La Biche, Cold Lake et Edmonton, à cause d'un feu qui se fait de plus en plus menaçant.

Plus de 6000 habitants de la municipalité de Fort McMurray ont dû l'évacuer mardi, à cause d’un feu menaçant qui a déjà consumé près de 21 000 hectares. Même si certains se disent mieux préparés cette fois-ci par rapport à 2016, lors du dernier incendie d’une violence inouïe, le souvenir de cet épisode douloureux les hante encore aujourd’hui.

David Parent vit à Beacon Hill, l'un des quatre quartiers de Fort McMurray visés par l’ordre d’évacuation.

Il a dû partir avec ses enfants, que son père était allé chercher à l’école entre-temps, et ses parents. Il s’est dit nerveux et perdu au moment de faire le choix des effets personnels à emporter. Finalement, je me suis dit : c’est la vie, on y va.

Mireille Zatcha a, elle aussi, été obligée de quitter son logement en compagnie de ses deux filles. [Mardi], contrairement aux autres jours, le vent a tourné dans notre direction, le ciel s’est assombri, nous avons commencé à voir la fumée qui se levait, raconte-t-elle en entrevue.

C’est alors que l’ordre d’évacuation est tombé, suivi de ce qu’elle a décrit comme un sauve-qui-peut qui a donné lieu à des embouteillages monstres : « C’était du traffic jam partout », dit-elle, soulignant qu’un trajet qu’elle avait l’habitude de faire en moins de 4 minutes lui a pris 45 minutes.

Mieux préparés qu’en 2016

En 2016, nous étions moins préparés, mais cette fois, à plusieurs reprises, nous avons reçu des alertes concernant les feux de la part des autorités municipales, dit Mireille Zatcha.

Les habitants sont tenus au courant de la situation au fur et à mesure que le feu change de direction et d’intensité.

En 2016, c’était arrivé vraiment vite, sans crier gare, raconte également Line Landry.

Cette fois, j’ai tout paqueté mon auto, avec les valises, du linge pour quelques jours, les choses importantes comme les passeports, des choses sentimentales, des choses qui sont chères à mon cœur.

Line Landry, habitante de Fort McMurray

Bien qu’elle se dise anxieuse, Line Landry ne veut pas trop ressasser le souvenir de 2016 pour ne pas céder à la panique : L’important, c’est de ne pas paniquer. C’est difficile à faire, mais on est déjà passés à travers une fois [alors qu’]on n’était pas préparés. Faque, là, on est préparés, on sait ce qui s’en vient, tout devrait bien aller, là.

Jean Marc Guillamot, un autre francophone de Fort McMurray, n’est pour sa part pas touché par l’ordre d’évacuation, du moins pour le moment. Il est toutefois nerveux au vu de la situation et du fait que sa femme est alitée et qu’elle n’est donc pas en mesure de se déplacer seule.

Comme Mireille Zatcha et Line Landry, il mentionne également le fait qu'il y a une bonne préparation cette fois-ci.

Oui, mais…

D’autres habitants évacués affirment cependant que rien ne saurait vraiment les préparer à quitter leur foyer, tant l’expérience est amère.

Rien ne peut vous préparer, dit Alex Mortlock, en se souvenant de la destruction de sa maison lors de l'incendie de 2016. C'est toujours la même anxiété, les mêmes choses qui vous traversent l'esprit, et cette fois, je dois m'inquiéter pour mes [deux] enfants, ajoute-t-il, précisant qu'ils ont moins de 6 ans.

Mon fils n'arrêtait pas de me demander pourquoi nous avions été évacués.

Alex Mortlock, résident

Une autre habitante, Marina Barnes, mentionne l’incertitude créée par cette situation. Je pense que le pire en ce moment, c'est l'inconnu, dit-elle. Elle vit à Fort McMurray depuis quatre ans et a dû évacuer sa maison située dans le quartier d’Abasand.

Nous ne savons pas si nous trouverons notre maison [intacte] à notre retour.

Marina Barnes, habitante de Fort McMurray

Kathleen Tomie, une habitante de Dickinsfield, a décidé de quitter les lieux, même si son quartier n'a pas reçu l'ordre d'évacuer, car elle reste hantée par le souvenir des feux d’il y a huit ans.

En 2016, Kathleen Tomie avait dû évacuer son logement alors qu'elle était enceinte de sa fille. C'était difficile. Je ne veux pas recommencer.

Cold Lake et Edmonton, hôtes des évacués

Mardi, la Municipalité régionale de Wood Buffalo avait demandé aux évacués de se rendre à un centre d'accueil situé à Lac La Biche, qui a vite atteint sa capacité maximale.

Les autorités municipales ont dû rediriger certains évacués vers le centre Agriplex de Cold Lake, à environ 147 kilomètres de là.

Dans un communiqué diffusé mardi, la Ville d’Edmonton a annoncé qu’elle accueille des personnes évacuées au centre récréatif de Clareview, situé au 3804, 139e Avenue.

Le centre d'accueil répondra à tous les besoins immédiats, y compris les services alimentaires, les vêtements, la garde d'animaux de compagnie et les soins de santé. La Croix-Rouge sera sur place pour coordonner l'hébergement dans les hôtels.

Ville d’Edmonton

Nous sommes conscients de l'impact physique, mental et émotionnel de cette situation. Sachez que les portes de la ville d'Edmonton sont ouvertes et qu'un espace sûr et du soutien vous attendent, ajoute le communiqué.

La Ville prie par ailleurs le public de ne pas apporter de dons, de quelque nature que ce soit, au centre d'accueil, car ils ne sont pas nécessaires pour le moment.

Avec les informations de Mrinali Anchan, Annie Verreault, Alexandra Bousmal et Emmanuel Prince-Thauvette