Un article écrit par Raphaël Bouvier-Auclair

Quand la guerre fait renaître des œuvres ukrainiennes

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Les musiciens de l'orchestre de Louhansk en train de répéter l'opéra « Olha » du compositeur ukrainien Sydir Vorobkevych.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Les musiciens de l'orchestre de Louhansk en train de répéter l'opéra « Olha » du compositeur ukrainien Sydir Vorobkevych.

L’invasion de l’Ukraine a poussé des institutions du pays à délaisser certaines œuvres de la culture russe pour mettre de l’avant des créations ukrainiennes.

Dans la salle de concert historique de Lviv, la grande ville de l’ouest ukrainien, chanteurs et musiciens répètent en vue du concert du lendemain.

Au menu de cette soirée très attendue : l’opéra Olha du compositeur ukrainien Sydir Vorobkevych, un compositeur né en 1836 à Chernivtsi, dans l’ouest de l’Ukraine.

Si Roman, l’un des chanteurs, interprétera avec assurance cette œuvre sur scène, il l’admet : il ne la connaissait pas avant d’entreprendre les répétitions.

Cet opéra a été interprété il y a un siècle et demi, et ensuite, on n'en a plus entendu parler, explique le jeune musicien, qui assure sentir le caractère ukrainien de l'œuvre.

Ce choix de mettre de l’avant l’opéra de Vorobkevych est celui d’Igor Shapovalov, directeur de l’Orchestre de Louhansk, qui accompagne les chanteurs. Son ensemble, précédemment basé dans le Donbass, dans l’est du pays, a été contraint de trouver refuge à Lviv après le début de l’invasion russe.

De l’avis d’Igor Shapovalov, le conflit a contribué à redécouvrir une culture ukrainienne à laquelle les œuvres russes avaient fait de l’ombre au cours des dernières décennies.

Nous avions l’impression qu’il n’y avait que ces compositeurs [russes] et que nous n’avions pas de compositeurs, explique-t-il. La musique est intéressante, c’est juste que les gens ne la connaissaient pas, ajoute le directeur musical.

Quand nous avons commencé à nous y intéresser plus sérieusement, nous avons réalisé que la musique de compositeurs ukrainiens valait bien celle de Tchaïkovsky ou celle de Rachmaninov.

Igor Shapovalov, directeur de l’orchestre de Louhansk.

Le conflit comme source d’inspiration

La doyenne adjointe de la Faculté de la culture de l’Université de Lviv, Myroslava Tsyhanyk, rappelle que même après l’indépendance de l’Ukraine de l’Union soviétique, en 1991, des œuvres de la culture russe avaient toujours leur place dans les classes d'institutions universitaires ou sur les scènes de théâtres ukrainiens.

L’experte explique que, depuis février 2022, de nombreuses institutions éducatives et culturelles ont fait le choix de ne plus utiliser la langue russe. Les théâtres, les philharmonies et les opéras ont complètement abandonné les œuvres de l’agresseur russe, explique-t-elle.

En janvier 2023, l’université Kyiv-Mohyla, dans la capitale Kiev, a ainsi décidé d'interdire l’utilisation de la langue russe en son sein. Si elles assurent ne pas avoir l’intention d’imposer des punitions aux récalcitrants, les autorités de l’institution disent vouloir assurer un changement culturel.

En plus de donner plus de place aux œuvres culturelles ukrainiennes, la guerre pousse aussi des artistes du pays à créer, explique Myroslava Tsyhanyk de l’Université de Lviv.

Au début, les artistes se demandaient s’ils étaient nécessaires, se souvient la professeure, qui explique qu’avec le temps, plusieurs créations inspirées du conflit ont été présentées, y compris dans sa ville de Lviv. La guerre a causé beaucoup de douleur et de souffrance qui ont inspiré les artistes, explique-t-elle.

Le chanteur Roman, qui présente l’opéra Olha du compositeur ukrainien Vorobkevych en compagnie de l’orchestre de Louhansk, lui, ne doute pas du rôle que doivent jouer les artistes ukrainiens en période de guerre.

En ce moment, la culture n’est peut-être pas aussi importante que les forces armées. Mais la musique est néanmoins une partie intégrante de notre nation. En période de conflit, c’est d’autant plus important de la développer, lance-t-il.

Le reportage radio de notre correspondant Raphaël Bouvier-Auclair sur la scène culturelle ukrainienne diffusé à l'émission Ça nous regarde le 19 janvier est disponible ici.