Un article écrit par Radio-Canada

Le Doc Mailloux est mort

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Le Dr Pierre Mailloux, mieux connu sous le nom de « Doc Mailloux ».(Photo d'archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Le Dr Pierre Mailloux, mieux connu sous le nom de « Doc Mailloux ».(Photo d'archives)

Le psychiatre Pierre Mailloux, mieux connu sous le surnom de « Doc Mailloux » dans les médias québécois, est décédé. Il avait 74 ans.

Il était hospitalisé à Trois-Rivières depuis plus de trois semaines pour une infection, selon Josey Arsenault, qui coanimait une émission avec lui sur le web. Il a reçu l'aide médicale à mourir.

Avant d’être hospitalisé, Pierre Mailloux, radié temporairement à plusieurs reprises dans le passé par le Collège des médecins, pratiquait encore en tant que psychiatre à Louiseville et à Trois-Rivières, en plus d'animer Le Doc Mailloux et Josey - Libres et sans tabous.

Plusieurs anciens collègues de travail et familles de patients de Pierre Mailloux lui ont rendu hommage vendredi après son décès à Trois-Rivières.

Mailloux le psychiatre

Né le 14 janvier 1949 à Normandin, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Pierre Mailloux étudie la médecine à l'Université Laval, à Québec, et obtient un certificat de psychiatrie à l'Université McGill, à Montréal.

Il se spécialise notamment dans le traitement de la schizophrénie grave et est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, en plus d'avoir écrit sur l'enfance, la pédophilie et la castration.

Après avoir servi dans l'armée canadienne en tant que psychiatre dans les années 1970, il travaille auprès des délinquants sexuels dès 1975.

Son expérience le mène à témoigner à titre d'expert dans plusieurs procès, notamment celui, très médiatisé, de Denis Lortie, responsable de la tuerie de l'Assemblée nationale, le 8 mai 1984. Le Dr Mailloux estime que l'accusé était psychotique au moment des faits. Seul contre sept expertises contraires, il parviendra néanmoins à faire en sorte que son diagnostic soit finalement retenu.

Je me vois comme un très bon médecin. Très dévoué aussi. J’aime ce que je fais et c’est payant. J’aime résoudre les problèmes des gens. Plus les problèmes sont gros, plus j’aime ça. En tant que personne, je ne suis pas facile pour les gens qui veulent me manipuler, je ne suis pas facile pour ceux qui veulent m’écœurer et je suis même dangereux pour ceux qui veulent me menacer, soutient-il en entrevue à L'Hebdo du St-Maurice, en 2012, après la parution de sa biographie intitulée Mailloux le paradoxe.

Des propos dérangeants

C'est lorsqu'il anime l'émission Un psy à l'écoute, sur les ondes de CKAC, à Montréal, qu'il se fait connaître plus largement au Québec. Il sera à la barre de l'émission de septembre 1995 à août 2002. Celle-ci sera d'abord renommée Doc Mailloux puis, le 25 janvier 2007, elle prendra le nom de Mailloux à l'écoute, en raison de sa radiation provisoire du Collège des médecins.

Au moment de son retrait des ondes, en 2007, plus de 450 000 auditeurs l’écoutent chaque jour. L'émission, qu'il anime depuis Trois-Rivières, prend fin le 30 mars 2007, lorsque la vocation de CKAC change pour devenir une radio sportive.

Cela ne l'empêchera pas de prendre la parole régulièrement à la radio, notamment à Radio X, au 98,5 FM, à CHEQ-FM, à Radio-Canada, à CJMF-FM, à GO FM ou à la RadioPirate de Jeff Fillion, où il exprimera fréquemment ses opinions, comme son appui à Donald Trump en 2016 ou à la possession nécessaire d'armes à feu au Québec pour prévenir un exode en cas d'attaque terroriste.

Les déclarations chocs deviennent au fil du temps sa marque de commerce, et ses propos sont loin de faire l’unanimité. Je me fous que mes propos soient admissibles ou pas, c’est mon opinion, tranche-t-il.

Ses propos sur le quotient intellectuel de personnes issues de certaines communautés, en 2005, lui valent de multiples plaintes, notamment de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, de la Société Saint-Jean-Baptiste et de la Ligue des Noirs du Québec. Deux ans plus tard, il récidive en tenant cette fois des propos controversés sur l’islam.

Des démêlés avec le Collège des médecins

Au fil des ans, Pierre Mailloux a été radié temporairement à plusieurs reprises par le Collège des médecins du Québec pour avoir, entre autres, établi de mauvais diagnostics sur des patients et prescrit de fortes doses d’antipsychotiques, de même que pour avoir réclamé des honoraires pour des services couverts par le régime québécois d'assurance maladie.

En 2009, le conseil de discipline du Collège des médecins juge que le psychiatre a enfreint cinq fois le code de déontologie de sa profession, notamment en raison de propos jugés offensants.

Le Doc Mailloux tente de contester devant la Cour suprême les sanctions que lui a imposées le Tribunal des professions – une radiation temporaire et une amende de 20 000 $ –, mais le plus haut tribunal du pays refuse d'entendre sa cause, en 2017.

Il est aussi condamné à payer des amendes totalisant 125 000 $, selon ses dires, en 2020, pour des prescriptions dépassant les doses maximales recommandées par les fabricants.

En 2020, le psychiatre essuie un revers dans ses efforts visant à contraindre le Collège des médecins à revoir ses lignes directrices en matière de prescription d’antipsychotiques.

Plus tard, en mai 2022, la Cour suprême refuse d’entendre l’appel contre une décision de la Cour supérieure, confirmée en Cour d’appel, qui avait rejeté une poursuite d’un peu plus de 10 millions de dollars que le psychiatre voulait intenter contre le Collège des médecins.

Le Doc Mailloux se disait victime d'acharnement de la part de son ordre professionnel en raison des plaintes disciplinaires portant sur des questions déontologiques.

Avec les informations de David Beauchamp, Jonathan Roberge et Marilyn Marceau