Un article écrit par Élise Jetté

« J’ai besoin que les gens qui travaillent avec moi aiment leur job », dit Sophie Dupuis

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Sophie Dupuis est nommée parmi les 10 cinéastes à surveiller en 2024 par « Variety ».Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Sophie Dupuis est nommée parmi les 10 cinéastes à surveiller en 2024 par « Variety ».

La cinéaste québécoise Sophie Dupuis a été nommée parmi les 10 cinéastes à surveiller en 2024 par le magazine américain Variety.

J’étais étonnée et vraiment honorée quand j’ai vu ça, parce que c’est une liste très prestigieuse. Je ne pensais pas que mon nom pouvait se rendre là, affirme en entrevue celle qui se trouve derrière les longs métrages Chien de garde (2018), Souterrain (2020) et Solo (2023).

Surprise et humble, Sophie Dupuis évoque d’emblée l’audace, quand on la questionne sur les éléments qui peuvent attirer l’attention sur son travail. Je ne pense pas que ce que je fais est audacieux, précise-t-elle, immédiatement. Mais on m’a beaucoup répété que la manière de présenter la relation homosexuelle dans Solo avait quelque chose de brut qui se démarque. On n’est pas dans le grand esthétisme. On est près de l’humain.

Les acteurs et les actrices qui jouent ce que Sophie Dupuis imagine se laissent emporter dans une grande aventure dont ils et elles deviennent les héros et héroïnes. Même si Variety souligne et remarque son travail, pour la réalisatrice, la clé de la vérité cinématographique se loge dans une facette de son travail qui n’est pas visible.

J’ai besoin que les gens qui travaillent avec moi aiment leur job, dit-elle. Je leur laisse une grande place créative et une liberté qui se ressent durant le tournage.

Après avoir choisi les personnes qui interpréteront les rôles principaux de son film, la réalisatrice amorce un travail de peaufinage très étoffé. On fait beaucoup de répétitions et on en vient quasiment à réécrire le film. Je questionne les acteurs et les actrices pour connaître leur opinion, pour que chaque ligne ait été pensée par moi, mais aussi par la personne qui va la dire.

L’investissement de temps en amont vaut sincèrement le coup, puisque durant le tournage, toutes les questions ont déjà été posées. Chaque personne sait tout à propos de son personnage, donc on n’est pas dans le doute, le questionnement, la recherche… Les personnages ont juste à vivre.

Sophie Dupuis cultive ainsi les liens avec ses coéquipiers et coéquipières. Et en sentant une confiance aussi grande en leurs idées de la part de la réalisatrice, les interprètes peuvent offrir au film quelque chose de personnel qui devient visible à l’écran.

Marcher dans les pas de Philippe Falardeau

Cette année, Anna Kendrick (Woman of the Hour), Blitz Bazawule (The Color Purple) et Cord Jefferson (American Fiction) se trouvent entre autres aux côtés de Sophie Dupuis parmi les 10 cinéastes à surveiller cette année. Sophie Dupuis se réjouit de constater l’inclusivité et la diversité de la liste de 2024.

Les Québécois Denis Villeneuve (2011) et Philippe Falardeau (2012) y ont aussi figuré.

Je suis vraiment heureuse d’être dans la même lignée qu’eux, parce que je les admire beaucoup, mentionne Sophie Dupuis. Philippe Falardeau, j’ai travaillé avec lui, donc je sais que c’est un bon humain en plus d’être un beau cinéaste.

Le réalisateur lui avait fait une place dans l’équipe du film Guibord s'en va-t-en guerre (2015). Il était vraiment venu me chercher pour me donner un rôle sur ce plateau, se souvient-elle. Ça se passait à Val-d’Or, d'où je viens, donc c’était très spécial pour moi. J’avais appris plein de choses parce que Philippe Falardeau prend le temps de transmettre ses connaissances en plus de faire du bon travail. C’est heureux de travailler avec lui.

La jeune réalisatrice croit en une méthode douce de travail qui passe par le bien-être et la joie. Il y a le talent et il y a ce qu'on dit, mais comment on le fait et avec qui on le fait, c’est tout aussi important, ajoute-t-elle.

Durant les prochains mois, la cinéaste se consacrera à la recherche. J’ai fait une demande de financement pour un long métrage. Beaucoup de sujets m’intéressent en ce moment, mais ça nécessite que je développe de nouvelles connaissances et ça prendra du temps. Une chose est sûre, c’est que je n’ai envie de réaliser que ce que j’écris. C’est ça, le plan A.