Un article écrit par Frédéricke Chong

Miser sur l’art pour favoriser l’engagement citoyen

Arts > Environnement

Les arts peuvent-ils pousser les citoyens à adopter des comportements plus écoresponsables? C’est le pari que font deux scientifiques, qui ont demandé à dix artistes de disciplines variées de créer des œuvres à partir de données de recherche sur le zéro déchet.

Le résultat de cette démarche, l’exposition collective Zér0, les arts au cœur de la transformation écologique, est présenté jusqu’au 7 avril à la Biosphère de Montréal.

Un projet de recherche réalisé en collaboration avec Équiterre sur des solutions pour réduire les emballages de plastique, principalement dans le secteur alimentaire, a été la prémisse de cette démarche créative.

Les professeures de Polytechnique Montréal Virginie Francoeur et Sophie Bernard, qui ont travaillé plus de 6000 heures dans ce dossier, ont décidé de donner une seconde vie à leurs résultats.

Je suis chercheuse et je sais que les articles scientifiques sont importants pour répondre à la crise climatique, mais je ne pense pas qu'on va s'asseoir autour d'une table un samedi soir avec des amis, puis triper en lisant des articles scientifiques.

Virginie Francoeur, chercheuse à Polytechnique Montréal et commissaire de l’exposition « Zér0 »

Les professeures ont approché des artistes qui avaient déjà une sensibilité écologique dans leur travail et leur ont donné carte blanche pour interpréter le thème du zéro déchet selon leur pratique. Les installations artistiques ont été conçues majoritairement à partir de matériaux recyclés ou récupérés.

L’équipe du studio Ascètes a transformé des objets en plastique en un arbre géant qui trône au milieu de la salle d’exposition. La bédéiste Annie Groovie fait prendre conscience à son célèbre personnage, le cyclope Léon, de tout le plastique qui l’entoure et des petits gestes, comme l’achat en vrac, qui peuvent avoir un impact positif.

Pour Marilyn Perreault et Annie Ranger, du Théâtre I.N.K., la participation à cette exposition a été une occasion de réfléchir à certains gestes de notre quotidien ou à des habitudes de consommation polluantes qui pourraient disparaître si nous migrions vers un monde zéro déchet.

Leur œuvre, présentée sous forme de cabinet des curiosités, expose des objets du quotidien qui polluent – fixatif en aérosol, sacs d’emballage de fruits et de légumes à usage unique, pompe à essence – et les gestes qui y sont associés, représentés en mime pour illustrer une vision futuriste où ces gestes auraient disparu.

Est-ce qu’on est capable comme humain de remettre en question les gestes qu’on fait tous les jours? Je pense que oui. On se dit : on est capable de changer. On est capable de rendre obsolètes certains gestes. On est capables de se déconditionner, soutient Marilyn Perreault.

Au-delà de l’exposition

Le laboratoire de recherche des professeures a aussi été reproduit sur le lieu de l’exposition. Les visiteurs peuvent avoir accès au rapport sur le zéro déchet qui a servi de base pour concevoir cette exposition et se plonger dans le processus intellectuel des chercheuses.

Si la professeure Virginie Francoeur ne cache pas son désir de voir les visiteurs réfléchir à leurs comportements et adopter des habitudes plus écoresponsables après leur visite, elle ne souhaite pas être moralisatrice. Ce sont plutôt les émotions qu’elle tente d’éveiller chez le citoyen.

On voulait vraiment donner un message d’espoir au moyen de ces différentes propositions, susciter un dialogue et une réflexion, explique la chercheuse, qui est aussi écrivaine.

Et, signe que la science n’est jamais bien loin de la démarche artistique, l’exposition est aussi l’occasion de recueillir des données. Les visiteurs sont invités à remplir un questionnaire en ciblant les œuvres qui les ont marqués, les émotions qu’ils ont vécues et les changements écologiques qu'ils souhaiteraient adopter. Les participants seront aussi suivis trois et six mois après leur visite à la Biosphère.

Ces données donneront lieu à un autre volet de recherche qui permettra aux chercheuses de mesurer l’influence de l’art dans l’engagement citoyen en faveur de la planète.