Un article écrit par Aïda Semlali

Margaret Atwood décorée par la France à Ottawa

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L'ambassadeur de France au Canada, Michel Miraillet, l'écrivaine Margaret Atwood, élevée au rang de Commandeur des Arts et des Lettres, et l’honorable Edith Dumont, lieutenante-gouverneure de l’Ontario. Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
L'ambassadeur de France au Canada, Michel Miraillet, l'écrivaine Margaret Atwood, élevée au rang de Commandeur des Arts et des Lettres, et l’honorable Edith Dumont, lieutenante-gouverneure de l’Ontario.

Commentant sa décoration, son plus récent ouvrage et ses projets, l’autrice n’exclut pas d’offrir une nouvelle suite à La servante écarlate.

Margaret Atwood a été élevée au grade de Commandeur des Arts et des Lettres par la France, une distinction offerte à des personnes du domaine artistique et littéraire. Mondialement connue pour le roman La servante écarlate, l’autrice canadienne a reçu les insignes de ce titre honorifique mercredi, à Ottawa, sa ville natale.

La République française salue la carrière et la production littéraire de Margaret Atwood en tant que poète, romancière et critique et son intelligence à aborder les problèmes de notre temps, souligne un communiqué de l’ambassade de France à Ottawa.

Ce prix, c’est une promotion, parce qu’en 1984, j'ai reçu un prix lower, plaisante l’écrivaine dans un excellent français saupoudré d’anglais. Pour moi, c'est très touchant, parce que j'ai des liens avec la France et aussi avec le Québec. J'ai passé ma petite enfance au nord du Québec et j'ai visité la France pour la première fois en 1963, poursuit Margaret Atwood.

Multirécompensée tout au long d’une carrière riche de plus de 50 ouvrages, l’écrivaine esquive d’abord quand on lui demande ce qui la rend la plus fière. Au Canada, c’est interdit de dire le mot “fier”.

C’est difficile de choisir, poursuit-elle, citant une sélection de poèmes qui va arriver dans un an, une sorte de rétrospective, La servante écarlate, le plus connu, Les testaments, l’autre roman de cette série, ou encore Captive.

C’est difficile de choisir entre ses romans. Faire un choix, c’est fâcher les autres. “Mais j’ai passé beaucoup de temps avec vous, Madame! Pourquoi pas moi!“

Margaret Atwood, écrivaine

La publication de ses romans ne tarit pas. La traduction française de son dernier recueil de nouvelles, Promenons-nous dans les bois, sera disponible en librairie ce vendredi. Abordant entre autres thématiques le temps qui passe, la vieillesse et la mort, avec beaucoup d’humour et de fantaisie, la femme de lettres octogénaire dit avoir injecté beaucoup d’elle et de son défunt compagnon, l’écrivain Graeme Gibson, dans Nell et Tig, les personnages principaux de ce recueil.

Ces derniers étaient déjà présents dans un précédent ouvrage, Le fiasco du Labrador, (Moral Disorder, en anglais) et s’inviteront de nouveau dans un prochain livre de l’écrivaine.

Cette dernière confie écrire par ailleurs ses mémoires. La vérité, comme dans les mémoires, c’est une sorte de vérité, ajoute-t-elle avec un sourire malicieux.

Le retour de la servante écarlate?

Adapté au cinéma, à la télévision, en roman graphique, et même sous forme d’opéra et de ballet, La servante écarlate n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Si Margaret Atwood a longtemps rejeté l’idée de consacrer une suite à ce roman dystopique devenu phénomène littéraire mondial, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis lui aura fait changer d’avis. C’est ainsi que naît une suite intitulée Les Testaments, publiée en 2019.

Alors que se profile en 2024 un potentiel retour de l’ancien président républicain à la Maison-Blanche, Margaret Atwood n’exclut pas de replonger dans la matière de son roman à succès.

S’il revenait, peut-être, concède Margaret Atwood. On ne sait pas, c’est le futur. C’est difficile de prédire le futur. Mais il faut dire qu’il ne me reste pas beaucoup de temps.

Une grande saga de 15 livres, c'est impossible. Mais de temps en temps, on peut le revisiter, poursuit-elle. Si la sixième saison à la télévision de La servante écarlate était bien la dernière, Margaret Atwood confie qu’une adaptation sous forme de série télévisée du roman Les Testaments est actuellement en discussion.

Margaret Atwood, l’éternelle optimiste

Politiquement, Margaret Atwood reste engagée. Elle signe le texte et la narration d’un des quatre courts métrages partagés ce mercredi par le Financial Times. Adoptant la technique de l’animation, le film est proposé dans le cadre d’une série intitulée Democracy 2024.

Exigeant, le regard que Margaret Atwood porte sur le monde d’aujourd’hui ne se veut pas moins optimiste.

Nous vivons des temps dangereux, mais ce n’est pas nouveau, commente l’écrivaine. C'est difficile, ce n'est pas tranquille, mais ce n'est pas fini.

Nous avons encore des possibilités et il est nécessaire de vivre avec l'espoir. Sinon, on ne fait rien.

Margaret Atwood, écrivaine

Pessimiste, vous ne faites rien. Nihiliste, non plus. Pourquoi pas un peu d'optimisme? [...] Sans être utopique, juste assez d'espoir pour vous lever le matin et faire des changements, si vous le pouvez.

C’est impossible de [changer] le monde en un jour, poursuit l’écrivaine. Margaret Atwood recommande un petit changement après l’autre, une heure à la fois. On ne la contredira pas, elle qui a changé le monde année après année, un livre à la fois.