Un article écrit par Élise Jetté

Des voix dans ma tête : lumière sur la santé mentale des oubliés

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Dans le documentaire « Des voix dans ma tête », la réalisatrice Karina Marceau montre les enjeux de santé mentale que vivent les communautés du Grand Nord.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Dans le documentaire « Des voix dans ma tête », la réalisatrice Karina Marceau montre les enjeux de santé mentale que vivent les communautés du Grand Nord.

La santé mentale des communautés du Grand Nord du Québec se dévoile sous un autre jour grâce au regard lumineux et bienveillant de Karina Marceau, réalisatrice du documentaire Des voix dans ma tête, qui sera diffusé samedi, dans le cadre de Doc humanité, sur les ondes d'ICI TÉLÉ.

Un ami m’a présenté la Dre Marie-Eve Cotton, qui est une psychiatre transculturelle, et en comprenant le travail qu’elle fait dans le Grand Nord depuis 20 ans, j’ai tout de suite su qu’il fallait le montrer aux gens pour leur permettre de comprendre, dit Karina Marceau en entrevue.

Qu’est-ce que cette branche de la psychiatrie propose de plus que la pratique classique? Une compréhension et une connaissance des valeurs et des croyances qui entrent en jeu au moment de diagnostiquer un patient.

Depuis la triste histoire de Joyce Echaquan, en 2020, on sait que les soins sont mal adaptés à certaines communautés, explique la réalisatrice. Dre Cotton est un personnage très important dans l’histoire que je raconte dans le Grand Nord, parce qu’elle a une capacité de vulgarisation importante, autant pour nous que pour les personnes dont elle s’occupe là-bas.

En psychiatrie, une patiente ou un patient qui entend des voix est facilement classé parmi les schizophrènes, mais dans le cas de la patientèle de la Dre Cotton, il faut tenir compte de la communication qu’elle établit, par la pensée, avec des êtres chers décédés, par exemple. Dre Cotton réussit à décortiquer tout ça en demandant si les voix sont nuisibles ou bénéfiques, si elles sont envahissantes, trop nombreuses, ou plutôt bienveillantes, explique la réalisatrice.

De la lumière au cœur des grands froids

La détresse psychologique et le taux de suicide élevé deviennent souvent les seuls paramètres dont le commun des mortels se souvient lorsqu’on parle de la santé mentale dans le Grand Nord. C’est toujours catastrophique, dit Karina Marceau. Et bien sûr, tout ça est terrible, mais je trouvais ça important d’aborder le sujet avec un regard lumineux.

Elle explique ainsi la résilience des Inuit dans un respect complet, en plus de faire ressortir les qualités et le savoir de ces peuples, transmis depuis de nombreuses années. Ils ont foi en l’avenir, ajoute-t-elle. Peu d’endroits sur la planète sont si hostiles et pourtant, leurs ancêtres se débrouillaient là-bas en demeurant nomades.

Le cri du cœur qui retentit durant toute la durée du film est l’importance de laisser les traditions refaire surface.

Le savoir des peuples autochtones du Grand Nord est particulier, spécialement en ce qui a trait à la santé mentale. Quand ces gens-là vivaient comme nomades et se retrouvaient à plusieurs, parfois, dans des igloos, si une personne était en souffrance psychologique, elle pouvait affecter toutes les autres, raconte la documentariste. Généralement, un aîné partait seul sur une banquise pour accompagner la personne qui n’allait pas bien. On ignore ce qu’ils se disaient, mais la personne ne revenait qu’une fois qu’elle n’était plus dangereuse pour elle et ses proches.

Le film souligne ainsi à grands traits la nécessité d’autonomiser les Inuit. Les études citées dans le documentaire sont claires : si les peuples se réapproprient leurs institutions, leur santé mentale ira mieux.

Miser sur la résilience

Parmi les protagonistes importants du documentaire Des voix dans ma tête, une femme raconte le suicide de son fils de 17 ans. La première chose que cette femme a faite, quand son fils s’est enlevé la vie, c’est de contacter tous les amis de son garçon pour leur dire de ne pas le suivre, se souvient Karina Marceau. Elle voulait protéger la communauté d’une autre vague de suicides.

Le territoire, filmé par l’équipe du documentaire, est sublime, pour ne pas dire majestueux. Les paysages apaisants deviennent une symbolique pour illustrer tout ce qui se passe en dedans, dit Karina Marceau. La santé mentale, c’est difficile de mettre des images là-dessus. Ça a été un travail de finesse. On a tout absorbé le soleil éclatant d’avril et le ciel cobalt. On a tout pris pour représenter la beauté des lieux et la sagesse des gens qui y vivent.

Le documentaire Des voix dans ma tête, dans lequel on accompagne la psychiatre Marie-Eve Cotton, sera présenté en primeur sur ICI TÉLÉ dans le cadre de Doc humanité, le samedi 20 janvier à 22 h 30 HNE, et sur ICI TOU.TV.