Un article écrit par Ismaël Houdassine

Pleins feux sur les voix autochtones du Canada anglais au théâtre de La Licorne

Arts > Théâtre

Jean-Frédérique Messier (à droite), metteur en scène, et Charles Bender (à gauche), comédien et traducteur, se sont attelés à traduire les pièces qui seront présentées au théâtre de La Licorne durant la Semaine de la dramaturgie autochtone.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Jean-Frédérique Messier (à droite), metteur en scène, et Charles Bender (à gauche), comédien et traducteur, se sont attelés à traduire les pièces qui seront présentées au théâtre de La Licorne durant la Semaine de la dramaturgie autochtone.

L'objectif de cette semaine : faire découvrir la richesse et la vitalité de la dramaturgie autochtone de langue anglaise.

Place à la Semaine de la dramaturgie autochtone du 29 au 31 janvier au théâtre de La Licorne. L’événement, qui se veut une première au Québec, présentera sur scène l’adaptation en français de trois pièces phares d’auteurs autochtones contemporains du Canada anglais.

L’idée d’organiser un tel événement consacré aux textes d’autochtones anglophones est née au fil des rencontres entre Philippe Lambert, directeur artistique et général du théâtre de La Licorne, Jean-Frédérique Messier, metteur en scène, et Charles Bender, comédien et traducteur.

Ce dernier se dit aujourd’hui ravi que cette initiative qui se déroule durant trois jours prenne forme la semaine prochaine, où seront présentées chaque soir trois pièces sélectionnées au sein d’un corpus imposant de propositions venant des quatre coins du pays.

C’est important de montrer au public québécois, autant les Autochtones que les allochtones, celles et ceux qui ont le français comme langue commune, à quel point la dramaturgie autochtone canadienne est foisonnante, riche et variée, lance tout de go en entrevue Charles Bender, membre de la communauté wendat et codirecteur artistique des Productions Menuentakuan.

Il s’est attelé, avec Jean-Frédérique Messier, à la traduction de trois propositions étonnantes, aux antipodes les unes des autres. On a travaillé en collégialité avec une équipe rassemblant Autochtones et allochtones. Les distributions des rôles ont été pensées en fonction des identités culturelles des comédiens et de leurs personnages.

Ce qui concerne les Autochtones fait dorénavant partie de la réflexion commune de tous les Canadiens. Il y a eu une réelle prise de conscience et une écoute de la part de la population. Les dramaturges autochtones saisissent cette opportunité pour faire entendre leurs voix.

Charles Bender, comédien et traducteur

Le canon du théâtre anglophone est immense et faire des choix s’est avéré un exercice crève-cœur pour Charles Bender et ses collègues. Ils n’ont toutefois pas hésité à plonger la tête première dans un univers théâtral encore trop peu connu des Québécois.

On a lu des anthologies, ainsi qu’une trentaine de scripts, et l'on s’est fié à nos connaissances de la production contemporaines tout en sachant qu’on ne faisait qu’effleurer la surface. Mais on ouvre des portes avec ce travail d’exploration qui nous a tout de même permis de dénicher des perles très modernes, pleines de vitalité et d’humour.

Parmi ces trésors, Les femmes de la traite de fourrure (Women of the Fur Trade), une satire historique et féministe ancrée chez les Métis de la rivière Rouge et imaginée par Frances Koncan, anishnabe et slovène membre de la Première Nation Couchiching au Manitoba.

Avec Bâton de Tonnerre (Thunderstick), le dramaturge d’origine crie de la Saskatchewan Kenneth T. Williams aborde des thématiques sur l’amitié et la rivalité.

C’est l’histoire d’un couple, deux journalistes dépareillés qui sont à la recherche du scoop de leur carrière, raconte Charles Bender. Mais le fait qu’ils soient autochtones est ici accessoire, bien qu’ils aient des références ici et là. C’est une pièce très comique aux multiples enjeux.

Changement de décor pour Qui se souviendra d’elle? (Almighty Voice and His Wife) de Daniel David Moses. Le dramaturge qui a grandi dans la réserve des Six-Nations en Ontario offre une relecture étonnante et drôle de la cavale mythique d'Almighty Voice, symbole de la résistance des communautés cries de la Saskatchewan, explique M. Bender.

Ce ne sont pas forcément des textes revendicateurs. Les grands enjeux qui concernent les Autochtones du Canada existent dans la dramaturgie, mais c’est l’fun de voir qu’il existe aussi une impressionnante variété de possibilités.

Charles Bender, comédien et traducteur

Sortir de l'imaginaire collectif

Selon Charles Bender, il y a aujourd’hui un véritable intérêt de la part du public québécois pour découvrir les œuvres autochtones. Les gens sont intéressés d’en connaître davantage. On sent cette curiosité en ce qui concerne les voix autochtones qui abordent l’histoire commune du pays, mais avec un regard tout à fait différent.

Il prend en exemple des événements récents mettant sous les projecteurs un certain nombre de réalités concernant les Autochtones. Ces dernières années, les premiers peuples du Canada ont été le centre de beaucoup d’attention, rappelle-t-il. On a qu’à penser à la publication du rapport sur les pensionnats en 2015, le mouvement Idle No More ou la découverte de sépultures d’enfants sur l’ancien site de Kamloops.

Le comédien wendat explique toutefois s’être intéressé à des textes contemporains qui mènent vers un ailleurs, au-delà des thèmes récurrents. On s’est penchés sur des propositions qui ne nous gardent pas cantonnés dans l’imaginaire collectif concentré en ce moment sur les pensionnats ou la revendication territoriale, précise-t-il.

La Semaine de la dramaturgie autochtone se déroule du 29 au 31 janvier au théâtre de La Licorne. La distribution réunit sur les planches des artistes allochtones et autochtones, notamment les Innus Étienne Thibault et René Rousseau, la Wendat Marie-Josée Batien, le Wolastoqey (Malécite) Dave Jenniss et la Mi’kmaw Alexia Vinci.