Un article écrit par Anne Marie Lecomte

Montréal veut favoriser la tenue d’événements nocturnes dans certains secteurs

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C'est le 13 février que la Ville de Montréal présentera son projet de politique de la vie nocturne. Une consultation publique s'ensuivra. (Photo d'archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
C'est le 13 février que la Ville de Montréal présentera son projet de politique de la vie nocturne. Une consultation publique s'ensuivra. (Photo d'archives)

L'administration de Projet Montréal veut changer le règlement sur le bruit pour avoir plus de flexibilité.

L'administration de la mairesse Valérie Plante consultera la population au sujet de sa politique de la vie nocturne, un projet destiné à trouver « le bon équilibre » entre le milieu du spectacle et la qualité de vie dans les quartiers.

En entrevue à Tout un matin, mardi, sur ICI Première, le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Luc Rabouin, a dit vouloir réunir les conditions pour avoir une vie nocturne dynamique à Montréal, tout en assurant qu'on offre des milieux de vie de grande qualité.

Montréal compte environ 5000 restaurants, un millier de bars et une soixantaine de salles de spectacles.

On a plein d'établissements qu'on veut préserver qui sont menacés de fermeture par des plaintes de bruit de voisinage, souvent [en provenance] de un ou deux individus, dit M. Rabouin. C'est ça qu'il faut arriver à bien doser.

M. Rabouin a aussi expliqué, cette fois en conférence de presse, qu'au sujet du bruit, il fallait adapter le règlement pour offrir plus de flexibilité : Notre règlement sur le bruit est le même partout, il n'est pas différent dans une zone de vitalité nocturne comme le Quartier des spectacles ou en plein milieu d'un quartier résidentiel.

Si on habite dans le Quartier des spectacles, on ne devrait pas être surpris qu'il y ait des spectacles et pas juste des spectacles de mime, là : des spectacles de musique, etc.

Luc Rabouin, président du comité exécutif de la Ville de Montréal

La Ville souhaite cibler les secteurs où on doit s'attendre à ce qu'il y ait de la vie nocturne et [où] possiblement on devrait avoir une tolérance au bruit différente, a décrit M. Rabouin. Ce pourrait être un bout du Quartier latin, par exemple.

Le 13 février à l'hôtel de ville, l'administration Plante présentera son projet de politique aux citoyens et ces derniers pourront par la suite commenter en ligne afin de déterminer si c'est une bonne idée, "un quartier 24 h".

En mars, pendant deux jours, on pourra faire entendre des idées et déposer des mémoires pour explorer comment le milieu du spectacle et les organisateurs d'événements peuvent cohabiter harmonieusement avec les résidents d'un quartier. La Ville compte déposer son rapport dès avril et établir son plan d'action cet été.

Les gens avaient peur que ce soit le bordel

La Ville planche depuis deux ans sur cette politique et a examiné comment s'étaient déroulées une vingtaine d'activités tenues toute la nuit. Il y avait beaucoup de réticences, les gens avaient peur que ce soit le bordel le matin, a décrit Luc Rabouin. On a testé, ça a marché, on a eu très peu de plaintes. On a mis les bonnes conditions.

En plus d'instaurer des quartiers 24 h, la Ville veut identifier des établissements qui ne seront pas situés dans lesdits quartiers. Dans ces lieux, on accueillera ponctuellement des événements sans qu'il soit nécessaire d'adopter des résolutions au conseil d'arrondissement et au conseil municipal. C'est laborieux, déplore M. Rabouin.

L'idée n'est toutefois pas d'improviser, assure le président du comité exécutif de la Ville de Montréal : ces établissements devront avoir des équipes de sécurité et d'intervention et fournir aux citoyens un numéro à composer au besoin. Il leur faudra aussi prévenir le Service de la police de la Ville de Montréal (SPVM) et l'arrondissement concerné.

Comment revenir à la maison après?

Questionné sur la possibilité d'offrir plus de services de métro et d'autobus aux noctambules, Luc Rabouin a mis un frein aux attentes. On n'est pas en train d'augmenter l'offre, a-t-il dit, rappelant le contexte actuel et les défis du financement du transport collectif.

Luc Rabouin dit qu'il existe des bus circulant la nuit qui font descendre les passagers entre deux arrêts, si ces derniers le demandent.

Cela dit, la Ville n'exclut pas, à l'avenir, de se pencher sur ce problème de mobilité dans les secteurs où le transport collectif n'est pas présent durant la nuit.

Le bruit et l'exemple de La Tulipe

Selon le président du comité exécutif, le cas de la salle de spectacle La Tulipe illustre que la réglementation municipale sur le bruit doit être adaptée et révisée : On est déjà en train de la réviser afin d'assurer la vie des salles de spectacles, essentielles à Montréal et une cohabitation harmonieuse avec leur voisinage.

En vertu d'une décision rendue en mai dernier en Cour supérieure du Québec, cet établissement a dû être mieux insonorisé afin de réduire le bruit résultant de ses activités. Les propriétaires de La Tulipe ont aussi été condamnés à verser 1500 $ en dommages-intérêts au propriétaire de l'immeuble adjacent à leur salle de spectacles. Ce dernier s'était plaint du bruit, notamment en lien avec les cris, les altercations et toute forme de tapage des clients de La Tulipe, peut-on lire dans la décision.

Il n’y a pas de droits acquis à une nuisance. [...] Le bruit représente un inconvénient anormal et les défenderesses sont donc responsables.

Azimuddin Hussain, juge dans l'affaire concernant La Tulipe

Des réactions mitigées

Présent à Tout un matin, mardi, pour parler de son avenir en politique, l'ex-maire de Montréal Denis Coderre affirme que l'administration Plante ne pourra mener à bien son projet de politique de vie nocturne sans le feu vert de la Régie des alcools, des courses et des jeux.

En 2014, M. Coderre s'était vu refuser, par la Régie, de mener un projet pilote pour que certains bars puissent être ouverts jusqu'à 6 h le matin.

Montréal 24/24, un organisme qui analyse et anime la vie nocturne dans la métropole, accueille positivement la politique que prépare la Ville, mais souhaite qu'elle mène rapidement à des changements concrets. Son président, Mathieu Grondin, dit que le règlement sur le bruit est injuste, puisqu'il donne un pouvoir démesuré aux droits individuels par rapport aux usages collectifs.

Du côté de l'opposition à l'Hôtel de Ville, le parti Ensemble Montréal reproche à l'administration Plante de ne pas avoir présenté de plan d'action avec sa politique. Ensemble Montréal lui reproche aussi de laisser les propriétaires de bars jongler avec les plaintes de bruit.

Avec les informations de Benoît Chapdelaine