Un article écrit par Ivanoh Demers

Dans l’œil d’Ivanoh : jouer avec les mains

Arts > Photographie

La prestation de l’athlète russe Kamila Valieva aux Jeux olympiques de Pékin, le 15 février 2022.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
La prestation de l’athlète russe Kamila Valieva aux Jeux olympiques de Pékin, le 15 février 2022.

Ivanoh Demers, photojournaliste depuis plus de 20 ans, souligne ce que peut apporter l'inclusion des mains dans une image, notamment en matière d’expressivité.

Lorsqu’on photographie des personnalités publiques, on doit obtenir une expression faciale qui correspond à l’actualité du jour. Il faut être hyperconcentré. Fréquemment, les mains du sujet vont entrer dans le cadre. Cet élément supplémentaire va complexifier le casse-tête de la prise de vue mais renforcer l’image. Il s'agit de bien l’intégrer.

La patineuse artistique russe Kamila Valieva a fait les manchettes cette semaine. Elle a été disqualifiée des Jeux olympiques d'hiver de Pékin de 2022 pour dopage par le Tribunal arbitral du sport.

Lors des Jeux, la photographe Aleksandra Szmigiel a réalisé une image forte de la future vedette déchue. La position vers l’arrière du corps de l’athlète est élégante. Le mouvement fébrile de ses mains interpelle et émeut.

La photographe devait éviter que les mains sortent du cadre. C’est la grande difficulté de ce type d’image. Il est préférable de cadrer un peu plus large et de se donner la possibilité, en postproduction, de rogner l’image autour des bras.

Elle a suivi le sujet en faisant sa mise au point sur son visage : vint alors le temps de déclencher et de laisser les bras faire le travail.

Cette photo du pape qui tient la main de fidèles est éloquente. On perçoit de la bienveillance entre les sujets. Les mains se dirigent vers le centre de l’image. Inusitées, des photos comme celle-ci sont rafraîchissantes.

La photographe Yara Nardi a suivi avec son objectif les mouvements des mains de François. Elle les a vraisemblablement suivies pendant un certain temps avant d’obtenir un bon résultat.

Il est souvent possible d’identifier les gens même sans voir leur visage. Laquelle de ces mains est celle du pape? Voilà!

La candidate républicaine Nikki Haley montre qu'il reste seulement deux candidats dans la course à l’investiture républicaine. Ce geste simple résume l'histoire de cette campagne en ce moment.

En politique, la gestuelle est très importante. Il faut y porter une attention constante. Cet instant a duré une seconde, peut-être deux. Le vétéran photographe Bryan Snyder n'a pas raté son coup.

Une femme en pleurs place ses mains devant son visage. Les personnes qui l’entourent lui font comprendre qu'elle est accompagnée de proches.

Photographier les mains, c’est aussi une façon de ne pas montrer les visages. C'est une forme de réserve. Est-ce de la censure? Non : c’est de la sensibilité, de la pudeur. Et cela nous permet d’illustrer une situation difficile quand on ne peut pas faire autrement.

Mon collègue Gilbert Bégin a rencontré des Inuit pendant la préparation d’un reportage sur le bœuf musqué diffusé en format texte hier et à l’émission La Semaine verte aujourd’hui.

La main en action de l’aîné est payante. Une main qui a du vécu… La main est légèrement floue. Pas de souci. On priorise la mise au point sur les yeux. Toujours.

Mon clin d'œil de la semaine

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a présidé mardi une séance de la Commission métropolitaine de Montréal. Son expression était neutre; elle semblait pensive. Puis, elle a croisé ses bras, ce qui a permis d’ajouter de l’intensité à l’image. Cette position change la perception.

En langage visuel, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des mains.