Un article écrit par Charles Rioux

Le successeur : un thriller déstabilisant, de Paris à Repentigny

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Marc-André Grondin tient le rôle principal dans le film de Xavier Legrand, une coproduction de la France, du Canada et de la Belgique. Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Marc-André Grondin tient le rôle principal dans le film de Xavier Legrand, une coproduction de la France, du Canada et de la Belgique.

Le successeur, deuxième long métrage du réalisateur français Xavier Legrand, fait une grande place au Québec, tant dans son intrigue que dans sa distribution. Radio-Canada a discuté avec Marc-André Grondin et Yves Jacques, le duo d’acteurs au cœur de ce thriller noir et déstabilisant, qui prend l’affiche vendredi.

Dans sa scène d’ouverture hypnotisante appuyée par l'électro angoissante du producteur SebastiAn, le film du réalisateur de Jusqu’à la garde (César du meilleur film en 2019) pose les bases d’une intrigue qui se déroule dans le milieu huppé de la mode parisienne. Marc-André Grondin y incarne Ellias, un designer québécois qui s’est expatrié en France il y a 20 ans et qui vient de prendre la tête de la célèbre maison de couture française Orsino.

Mais lorsque le Québécois, un antihéros anxieux, est appelé à revenir à Repentigny à la suite du décès de son père, le film prend une tournure inattendue; un rebondissement habilement préservé dans les bandes-annonces, qui en dévoilent souvent trop.

À la lecture du scénario [...], j’avais une vision assez dark [sombre] du truc, mais on est allés 20 pieds plus dark que ce que je pensais.

Marc-André Grondin, qui incarne Ellias Barnès

Les paillettes parisiennes font rapidement place à un quasi-huis clos qui se déroule dans une maison de banlieue étouffante, où Ellias doit composer avec le legs inattendu de son père, qu’il n’a jamais aimé. Le film est librement inspiré du livre L’ascendant, d’Alexandre Postel.

Souvent, dans des situations exceptionnelles, les gens vont faire des affaires vraiment weird, des fois, explique Marc-André Grondin quant à l'intrigue du film.

Le protagoniste prend effectivement des décisions qui pourraient faire sourciller quelques cinéphiles. Généralement, je développe une certaine empathie pour les personnages que je joue [...]. J’essaie de toujours comprendre ce qui les amène à faire ce qu'ils font.

Un tournage exigeant, mais immersif

Marc-André Grondin avait déjà anticipé le brusque changement de décor en lisant le scénario signé par Xavier Legrand. Mais il avoue l’avoir ressenti en double au moment du tournage, qui s’est déroulé en suivant la chronologie du film.

On a commencé dans les bureaux d'Orsino, avec l’Arc de triomphe au coin de la rue, dans les beaux quartiers de Paris. Une semaine après, j’étais à Repentigny, dans la grisaille de la fin de l’hiver bouetteuse de neige brune, alors ça clash, résume-t-il. Son rôle, celui d’un artiste tourmenté aux prises avec des crises d’asthme et d’angoisse, a également présenté un défi sur le plan physique.

Tu passes trois heures à faire une crise d’asthme, tu hyperventiles et tu fais des jokes pour essayer d’adoucir un peu la soirée. Il y avait une dimension physique que j’avais sous-estimée.

Des rôles écrits sur mesure

Xavier Legrand, lui-même comédien, a écrit des rôles expressément pour Marc-André Grondin et Yves Jacques. Ce dernier a d’ailleurs accueilli avec enthousiasme son personnage, plutôt collé à sa véritable personnalité.

J’ai l’impression qu’il a écrit le rôle en fonction de ce qu’il connaissait de moi dans la vie. On m’a fait jouer beaucoup de rôles tordus, et là il me fait jouer un bon gars, un gars ordinaire même, et c’est ça que j’aime là-dedans, explique-t-il.

Souvent, les gens qui croient à la bonté de l’être humain ne pensent même pas qu’ils peuvent se faire avoir, ils ne voient pas de méchanceté. Je suis un peu comme ça dans la vie [...], j’ai la naïveté de penser que tout le monde est du bon monde.

Le successeur met également en vedette Anne-Élisabeth Bossé, Vincent Leclerc et Louis Champagne.

Un film en québécois qui ne sera pas sous-titré en France

Tant Yves Jacques que Marc-André Grondin soulignent l’audace de Xavier Legrand qui, malgré la pression du second long métrage, a osé situer son œuvre à près de 75 % au Québec. D’autant plus que les portions québécoises du film ne seront pas sous-titrées dans les salles de cinéma françaises.

Plusieurs réalisateurs français sont tombés dans le piège de vouloir faire une carte postale d’un film tourné au Québec, avec la cabane au Canada, les champs de neige et le côté cliché. Alors que là, on est dans une banlieue plate qui pourrait être n’importe où au monde.

Yves Jacques, qui incarne Dominique Duchesne

L’espèce de rivalité intrinsèque entre les accents français et québécois fait d’ailleurs partie intégrante du film, le personnage d’Ellias oscillant souvent entre son accent parisien un peu forcé et son parler pure laine plus primitif.

C’est écrit dans le scénario, littéralement. Il y a un moment où il perd son accent français, quand sa construction commence à se défaire. Et finalement, son accent québécois revient. Il y a un côté très symbolique là-dedans, résume Marc-André Grondin.

Pour moi, Le successeur est vraiment un film sur l’image, sur la construction de notre image et sur ce qu'on est prêt à faire pour la sauvegarder. Ce n'est pas naïf non plus que le personnage évolue dans un milieu qui est basé sur l’image, le milieu de la mode.