Un article écrit par Charles Rioux

La SPACQ accueille maintenant les artistes-entrepreneurs

Arts > Musique

La chanteuse et artiste-entrepreneuse Caracol se réjouit de l'élargissement du mandat de la SPACQ.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
La chanteuse et artiste-entrepreneuse Caracol se réjouit de l'élargissement du mandat de la SPACQ.

Dans une décision historique annoncée mardi, la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ) a élargi son mandat pour représenter les artistes-entrepreneurs, c’est-à-dire les artistes qui portent à la fois le chapeau de créateurs et d’entrepreneurs, par exemple en produisant eux-mêmes leurs albums.

La SPACQ a ainsi créé une nouvelle catégorie de membre, faisant du même coup un ajout à sa dénomination originale qui devient SPACQ-AE, pour Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec et Artistes-Entrepreneurs.

C’est un changement qui était attendu depuis au moins 2022 par plusieurs artistes autoproduits comme Philémon Cimon, David Bussières, du duo Alfa Rococo, ou encore Carole Facal, alias Caracol.

La SPACQ-AE va offrir des formations du côté entrepreneurial, elle va aussi aller représenter notre modèle d’affaires auprès des gouvernements et des organismes subventionnaires. Elle va pouvoir s’asseoir avec les autres associations pour essayer d’obtenir des sièges sur les conseils d’administration, illustre au bout du fil l’autrice-compositrice-interprète, qui a d’ailleurs produit elle-même son dernier album Tout est différent.

La définition d’artiste-entrepreneur, selon la SPACQ

Toute personne qui agit à la fois en tant qu'auteur ou compositeur et en tant qu’entrepreneur pour ses chansons et/ou œuvres de commande, qu’elle agisse de manière indépendante ou en relation d’affaires avec un tiers.

Un modèle d’affaires en mutation

Sauf pour quelques mégavedettes internationales, l’époque où de grandes étiquettes comme Warner ou Universal encadraient les artistes dans tous les aspects de la création et de la commercialisation d’un album est révolue.

Avec la démocratisation des outils de production, de distribution et de commercialisation, avec la disparition des magasins de disques, l’artiste se retrouve souvent à porter beaucoup plus de chapeaux qu’avant, explique Caracol. Il devient un entrepreneur qui fonctionne comme une grande entreprise. Il va engager toutes sortes de fournisseurs pour distribuer sa musique, il va engager des relationnistes de presse directement.

Ce modèle d’affaires tombait jusqu’ici dans une zone grise, qui n’était encadrée ni par la SPACQ ni par l’Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), dont les membres sont des producteurs établis qui travaillent avec plusieurs artistes, comme c’est le cas des maisons de disques. Pourtant, l’autoproduction est un modèle qui domine le marché depuis plusieurs années.

Les associations ne sont pas toutes transparentes sur les chiffres, mais on sait que c’est entre 50 % et 85 % de la musique qui sort au Québec qui est autoproduite par les artistes, illustre Caracol.

Aujourd’hui, la plupart des maisons de disque ne veulent pas prendre de risques financiers, il y a plusieurs étiquettes qui vont préférer signer une licence avec les artistes, c’est-à-dire qu’ils vont signer seulement pour la portion commercialisation, ajoute l'autrice-compositrice-interprète.

Un allié de taille pour les défis de l'avenir

La création d’une nouvelle association à part entière a été envisagée par Caracol et ses collègues, mais la lourdeur du processus sur le plan légal les a convaincus de plutôt se rallier à la SPACQ qui, après 40 ans d’existence, a déjà une structure bien huilée et des relations établies avec les instances gouvernementales.

Ce qui est merveilleux, c’est qu’il y a déjà une équipe en place à la SPACQ. L’association voulait toucher plus de monde pour agrandir sa portée, alors je pense que c’est gagnant-gagnant. On a trouvé une bande de monde motivé à repenser l’industrie québécoise en incluant le modèle de l’autoproduction, se réjouit Caracol.

Grâce à leur nouvelle maison, les artistes-entrepreneurs pourront également bénéficier à terme de services juridiques et de ressources en santé mentale. Caracol précise que la SPACQ sera aussi une alliée de taille pour d'autres enjeux qui se dessinent dans l’industrie : le droit d’auteur, la Loi sur la copie privée, la Loi sur le statut de l’artiste, la loi C-11 [la Loi sur la diffusion continue en ligne] et la participation des plateformes de diffusion.