Un article écrit par Mathias Marchal

Mode autochtone : des atouts plein les manches

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Les artistes multidisciplinaires Jason Baerg et Caroline Monnet.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Les artistes multidisciplinaires Jason Baerg et Caroline Monnet.

En plus de leurs racines autochtones qui inspirent et cimentent leurs œuvres respectives (en cinéma, en peinture, en dessin, en art numérique et en design), Caroline Monnet et Jason Baerg voient visiblement la vie en couleur. Et plus ces couleurs sont vibrantes, mieux c’est.

Samedi, ils présenteront à guichet fermé certaines de leurs créations vestimentaires lors d’un défilé de mode au Musée McCord Stewart en marge de la Biennale d’art autochtone. Pour Espaces autochtones, ils ont tous deux accepté de décortiquer une de leurs créations respectives afin d’en résumer l’essence.

L’artiste multidisciplinaire Jason Baerg a choisi de mettre en avant la Sunset Dress (Robe coucher de soleil), qui constituait le look final de sa première collection. Incorporant les quatre couleurs de la roue de médecine crie – le jaune, le blanc, le bleu (parfois remplacé par le noir, NDLR) et le rouge (qui n’est toutefois pas visible sur la photo, car il a été utilisé à l’envers de la partie jaune, NDLR) –, cette robe résume les enseignements des quatre orientations et illustre les quatre années de travail nécessaire à sa confection. Chaque année a été consacrée à un des quatre quadrants de la roue médicinale, précise l'artiste.

En 2024, le travail en studio s'inspire du bleu, et nous mettons l’eau à l'honneur. L'année dernière, c'était la couleur rouge et les métaux terrestres, explique Jason Baerg. Et l’année précédente, tout était axé sur la couleur jaune et sur le feu.

L’une des particularités de la robe Sunset, déjà présentée à Toronto, à Vancouver et à Santa Fe, c'est que la ceinture et les boucles d’oreille sont en crin de cheval. Dans certaines de nos croyances autochtones, les chevaux sont vus comme des guérisseurs et comme des aides en raison de leur incroyable empathie. D’ailleurs, ils sont parfois utilisés en thérapie, souligne l’artiste, qui se présente comme un Cri et un Métis ayant grandi à Prince Albert.

La conception et la fabrication de la ceinture en crin de cheval ont nécessité plus de 40 heures de travail. Le crin de cheval est incroyablement spécial à travailler et ça nécessite concentration et patience lorsqu’on essaie de produire une œuvre d’art, mentionne M. Baerg.

Impossible cependant de savoir comment l'artiste s'approvisionne en crin : Il y a toute une symbolique autour du cheval et ce n'est pas une matière à laquelle tout le monde devrait avoir accès, selon l'artiste.

Il note d’ailleurs que la maison Schiaparelli a récemment intégré du crin de cheval dans sa collection présentée à Paris, quatre ans après qu'il eut commencé à l'utiliser dans ses créations.

Parmi les autres matériaux utilisés pour la robe, on trouve du cuir d’agneau et de la soie.

Toutefois, Jason Baerg note qu'il est de plus en plus difficile de s'approvisionner en matériaux de qualité au Canada à mesure que l'industrie du vêtement du pays décline. Les beaux boutons, par exemple, sont de plus en plus difficiles à trouver. Parfois, je fais des voyages à New York ou au Mexique juste pour m'approvisionner, raconte l'artiste torontois, qui a étudié cinq ans à Montréal à l'Université Concordia.

Lors du défilé, les spectateurs pourront admirer une trentaine de ses créations.

De l'inspiration à la quincaillerie

Du côté de l’artiste franco-anishinabe Caroline Monnet, aucun problème d’approvisionnement en matériaux puisqu’on ne manque pas de quincailleries au Québec. Mes magasins préférés, plaisante-t-elle au bout du fil.

Ses vêtements se veulent ancrés à la fois dans la tradition et dans la modernité, comme en font foi les motifs géométriques brodés et quasiment fondus sur des pièces de vêtement qui fleurent bon le plastique industriel.

Caroline Monnet utilise les technologies numériques pour créer de nouveaux motifs inspirés des motifs géométriques anishinabe transmis au fil des générations.

Ces motifs introduisent un sentiment de fierté, en particulier dans les environnements urbains fades, et affirment la présence et l’appartenance des Premières Nations.

Caroline Monnet, artiste multidisciplinaire

Lors du défilé de samedi au Musée McCord, elle présentera trois créations tirées de sa photographie Echoes From a Near Future (2022). Ses créations ont déjà tapé dans l'œil du musicien wolastoqey (malécite) Jérémy Dutcher et de la chanteuse inuk Elisapie Isaac.

Le manteau dont elle a choisi de nous décortiquer la composition est découpé à partir de grands rouleaux de plastique utilisés dans le domaine de la construction.

Une fois que les motifs conçus par ordinateur sont finalisés, ils sont divisés en grilles et programmés dans la machine.

L’opération de broderie sur le manteau aura pris à elle seule une semaine de travail à temps plein. Derrière cette opération se cachent aussi des calculs mathématiques complexes.

Chaque cadre est brodé individuellement avant d’être assemblé. Cela demande un grand travail de précision afin de s’assurer que la continuité soit impeccable d’un cadre à l'autre, indique Caroline Monnet, qui a collaboré avec l’artiste Dionoski (Amélie Dion) pour toutes les étapes de broderie.

L’artiste multidisciplinaire avait dessiné les patrons, mais elle a aussi fait appel à un couturier spécialisé en costumes de théâtre, Yso South, qui a collaboré à la conception des œuvres.