Un article écrit par Élise Jetté

10 ans d’entraide dans le secteur de la musique au Phoque OFF

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Le directeur général du Festival Phoque OFF, Patrick Labbé, est satisfait de la dixième édition de l’événement.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Le directeur général du Festival Phoque OFF, Patrick Labbé, est satisfait de la dixième édition de l’événement.

Quelques jours après la fin du festival Phoque OFF, l’organisation dresse un bilan très positif de sa dixième année, affichant un record d’achalandage de plus de 6000 personnes, soit une augmentation de 50 % par rapport à l’an dernier.

L'événement, centré sur les rencontres entre les intervenants et intervenantes du milieu de la musique au Québec, constitue une vitrine importante pour les artistes qui souhaitent se faire connaître auprès du grand public et des diffuseurs.

Pour le directeur général du Phoque OFF, Patrick Labbé, ce rendez-vous annuel de l’industrie de la musique, qui se tient à Québec, simplifie la vie de bien des gens du milieu.

On travaille très fort depuis 10 ans pour dénouer les nœuds dans le milieu de la musique, dit-il. Au fil des ans, on a réussi à créer un réseau de circulation interne dans la province pour que les artistes qui travaillent de façon plus artisanale puissent rencontrer les professionnels qui risquent de leur donner des chances.

Produit par l’organisme Centrale Alternative, à Québec, le Phoque OFF réunit des diffuseurs de musique de toute la province. Ils viennent ici pour voir des extraits de spectacles, de courtes vitrines, pour savoir si tel ou tel artiste peut être programmé dans leur salle et avoir un public, explique Patrick Labbé.

Même si des événements similaires existent ailleurs au Québec, notamment à Montréal, il considère qu’une bonne partie des représentants et représentantes de salles de l’est du Québec se fient de plus en plus à leur visite au Phoque OFF pour planifier leur saison. La grosse valeur ajoutée, ce sont nos panels, nos ateliers et nos tête-à-tête, qui ont tous pour but de rendre la vie plus facile aux différents intervenants culturels durant le reste de l’année, souligne-t-il.

Chaque problème a sa solution

Tous les ans, avec son équipe, Patrick Labbé dresse une liste des problèmes récurrents qui plombent son industrie, et le Phoque OFF suggère des solutions. On a entre autres proposé un atelier avec des gens de l’industrie du cinéma pour trouver des pistes de réflexion visant à concrétiser des partenariats, précise le directeur du festival. On voulait comprendre comment aider les cinéastes pour qu’ils aient accès à de la musique à bas prix, tout en permettant à des artistes qui commencent de se faire découvrir grâce aux films.

Pour les musiciens et musiciennes qui se prêtent à l’exercice de spectacle-vitrine, l’investissement de temps et d’énergie peut parfois s’avérer lourd, surtout quand il faut, en quelques chansons seulement, se vendre et convaincre certaines personnes d’influence que leur musique répond à ce qu’elles recherchent. Mais le Phoque OFF se targue d’offrir une ambiance conviviale qui permet aux artistes de ne pas se sentir comme de la marchandise.

À Québec, on ressent toujours que les gens sont contents qu’on se soit rendus jusqu’à eux avec notre musique, mentionne l’autrice-compositrice-interprète Shaina Hayes qui jouait ses chansons au Phoque OFF pendant un brunch devant des gens de l’industrie.

Celle qui fera paraître son deuxième album, Kindergarten Heart, le 23 février, admet que cette vitrine à Québec diffère de celles qui ont lieu à Montréal. À Montréal, on joue souvent devant les mêmes personnes, dit-elle. J’adore jouer dans les festivals, un peu partout au Québec, et je sais qu’au Phoque OFF, on a accès à de nouvelles personnes.

Les artistes participent aux débats. Les groupes de musique ne se sentent pas simplement comme des pièces de viande dans une boucherie. Ils font des rencontres avec des personnes qui sont aussi là pour voir chaque humain derrière les chansons.

Patrick Labbé, directeur du Phoque OFF

Patrick Labbé a ainsi le sentiment d’avoir bâti, avec ses partenaires, un réseau solide qui met de l’avant une bienveillance généralisée. Et c’est dans ce contexte-là qu’on peut "booker" le bon artiste, dans la bonne salle, au bon moment, avec le bon public et les bons médias, dit-il.

Les humains avant leur métier

Le bien-être des personnes de l’industrie de la musique se dresse au centre des préoccupations du Phoque OFF, étant donné les conditions de travail souvent précaires des musiciens et musiciennes de la relève. Par exemple, même si on savait depuis longtemps que la santé mentale des personnes en culture était un enjeu d’importance, durant notre atelier sur la santé psychologique, une personne a nommé sa détresse, et la salle de 100 personnes s’est mise à pleurer aussi, relate-t-il. Ça nous fait réaliser que beaucoup ne vont pas bien et qu’il faut s’occuper de ça.

Dans le même esprit, une conférence intitulée Les enjeux des communautés 2ELGBTQIA+ pour une inclusion sécuritaire et réfléchie a été organisée cette année au Phoque OFF. Garance Chartier, qui animait la discussion, a d’ailleurs ouvert la rencontre en mentionnant que c’était la première fois qu’un évènement de ce genre offrait un lieu de parole distinct aux communautés 2ELGBTQIA+.

La plus grande fierté de Patrick Labbé, après 10 ans de travail acharné pour amorcer les bons dialogues, est d’avoir réussi à créer un lieu où les gens se respectent et cherchent à s’aider.

Ça me donne des frissons quand j’en parle, parce qu’on se bat depuis si longtemps pour que les artistes qui se font normalement revirer de bord puissent avoir une place, souligne-t-il, ému. Ça a pris du temps, mais les valeurs profondes d’entraide et de solidarité sont en train de s’infuser pour vrai. On n’a même pas à tirer les artistes vers le haut; c’est tout le monde qui pousse en même temps.