Un article écrit par Evelyne Côté

Vitrine autochtone aux Rendez-vous Québec Cinéma

Arts > Autochtones

Le film « Atik, le gardien du territoire » emmène les cinéphiles sur les traces de Jean-Luc Kanapé, de Pessamit, qui travaille à la protection du caribou forestier et de son territoire.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Le film « Atik, le gardien du territoire » emmène les cinéphiles sur les traces de Jean-Luc Kanapé, de Pessamit, qui travaille à la protection du caribou forestier et de son territoire.

Quatre films autochtones et des courts métrages du Wapikoni mobile seront présentés à l’occasion des Rendez-vous Québec Cinéma, qui se déroulent jusqu’au 2 mars à Montréal.

Pour le responsable de la programmation de ce festival, Charles Parisé, il est crucial de refléter les réalités des Premières Nations et des Inuit au grand écran: Quand l’[occasion] est là, on la prend. On est Québec Cinéma, on est là pour représenter le Québec et les communautés autochtones font partie du Québec, souligne-t-il.

Il se dit heureux d’avoir une représentation autochtone pour ces 42e Rendez-vous. On reflète ce qui est fait dans l’année, explique-t-il.

Charles Parisé précise qu’en août de chaque année, un appel d’offres est lancé aux réalisateurs, aux producteurs et aux distributeurs pour composer la programmation de ce festival. En espérant qu'on continue, au Québec, de donner des voix aux bonnes personnes, affirme-t-il.

En première à Montréal

Parmi les quatre films autochtones présentés aux Rendez-vous Québec Cinéma figure Atik, gardien du territoire, des réalisateurs Nicolas Lévesque et Guillaume Comtois.

Ce documentaire met en lumière les obstacles pour freiner le déclin du caribou forestier dans le secteur du réservoir Pipmuacan, sur la Côte-Nord et au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en suivant les traces de Jean-Luc Kanapé.

Cet assistant à la recherche sur le caribou forestier pour le Conseil des Innus de Pessamit arpente les lacs gelés et les tapis de mousse de la forêt boréale pour suivre l’évolution de cette espèce et pour veiller à sa protection.

En entrevue avec Espaces autochtones, Jean-Luc Kanapé dit estimer qu’il fallait faire ce film pour comprendre la situation sur le terrain.

Il y a quelques années, j’avais promis à mes caribous qu’un jour, je serais leur porte-parole.

Jean-Luc Kanapé, assistant à la recherche sur le caribou forestier pour le Conseil des Innus de Pessamit

Même si le caribou de Pipmuacan a été classé espèce menacée par le Canada en 2003, puis espèce vulnérable par le Québec en 2005, il est en voie de subir le même sort que celui de la Gaspésie, de Charlevoix et de l’Abitibi, selon Jean-Luc Kanapé.

Menacée par l’industrie forestière et par le manque de mesures pour la protéger, cette harde est aujourd’hui estimée à environ 150 bêtes, précise-t-il.

Mon vœu le plus cher, c’est que les gouvernements comprennent ce qui se passe ici.

Protéger une espèce, un territoire et une culture

Le gardien de l’atik, c'est-à-dire le caribou en innu-aimun, espère également que ce film permettra de déboulonner certains préjugés envers les Premières Nations.

Le plus important, c’est de connaître notre culture et d’enlever l’image que certaines personnes ont des Autochtones au Québec. On parle de réconciliation. Je suis sûr que ça peut changer, raconte-t-il.

Ma mission, oui, c’est de protéger le caribou et le territoire et de faire valoir notre histoire, parce qu’il y a du monde qui ne nous comprend pas, ajoute-t-il.On nous traite de chialeux, mais il faut comprendre que ce n’est pas chialer : c’est de protéger un territoire et une culture qui sont en déclin aussi, comme le caribou.

Le gardien du territoire innu se dit étonné du rayonnement de ce film.

Je ne m’attendais pas qu’un documentaire fasse autant bouger les choses. Une fiction, on s’attend qu’il y ait des premières et des médias. En même temps, je comprends, c’est pas mal le sujet de l’heure partout, la protection de la forêt et du caribou. Je pense que ça tombe bien que le film sorte là, explique Jean-Luc Kanapé.

Atik, gardien du territoire sera présenté en première le mercredi 28 février à la Cinémathèque québécoise à Montréal, puis le 2 mars sur ICI Télé.

Courts et longs métrages

Des courts métrages du Wapikoni mobile seront présentés avant la projection du documentaire de même que le samedi 24 février. Le responsable de la programmation des Rendez-vous Québec Cinéma, Charles Parisé, estime qu’il est important de présenter ces films réalisés par des jeunes des communautés autochtones.

Dans le cas du Wapikoni, pour moi, c’est toujours important de présenter ce qu’ils font. Ils ont une mission incroyable et c’est beau de voir ce qui en ressort, affirme-t-il.

Trois autres films seront à l’affiche au cours de la fin de semaine. Soleils atikamekw de Chloé Leriche, qui relate l’histoire vraie de cinq jeunes de la communauté de Manawan retrouvés morts dans un camion au milieu d’une rivière en 1977, est en compétition pour le prix Gilles-Carle, remis au meilleur premier ou deuxième long métrage de fiction.

Les cinéphiles pourront également voir la version française du film TautuktavukSous nos yeux, des réalisatrices inuit Lucy Tulugarjuk et Carol Kunnuk. À la frontière entre la fiction et le documentaire, ce long métrage explore les questions de la violence conjugale et de la toxicomanie.

Les plus jeunes pourront plonger dans l’univers de Jules au pays d’Asha, de Sophie Farkas Bolla. Ce film raconte l’histoire d’une amitié improbable entre un jeune colon nouvellement installé dans le nord du Québec et une fillette autochtone dans les années 1940.