Un article écrit par Ivanoh Demers

Dans l’œil d’Ivanoh : le parcours de trois combattants

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Des fleurs en hommage à Alexeï Navalny ont été déposées devant le consulat de la Russie à Francfort, en Allemagne. Le dissident russe est mort dans une prison située dans le cercle arctique le 19 février 2024.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Des fleurs en hommage à Alexeï Navalny ont été déposées devant le consulat de la Russie à Francfort, en Allemagne. Le dissident russe est mort dans une prison située dans le cercle arctique le 19 février 2024.

Ivanoh Demers, photojournaliste depuis plus de 20 ans, commente les images qui ont retenu son attention cette semaine.

Alexeï Navalny, Julian Assange et un certain Volodymyr Zelensky ont défrayé la manchette cette semaine. Analyse de la couverture visuelle de ces trois combattants, défenseurs de la liberté.

La mort d’Alexeï Navalny, rival de Vladimir Poutine, a causé une onde de choc dans le monde entier. Le principal opposant russe du Kremlin est mort dans une prison sibérienne à l'âge de 47 ans.

Les hommages en son honneur se sont multipliés un peu partout sur la planète.

Cette photo a été prise devant le consulat russe à Francfort, en Allemagne. L’image est d’une simplicité désarmante. Des roses et des tulipes entourent une photo imprimée du défunt.

Son regard, posthume, dit tout.

Quelques petites taches blanches dérangent l'œil. Est-ce de la peinture? Cette légère distraction ne réduit en rien l’efficacité de cette image. Parfois, la photographie de presse, ce n’est pas très compliqué!

À Saint-Pétersbourg, en Russie, deux femmes s’enlacent après avoir déposé des fleurs en l'honneur du célèbre opposant russe. L’émotion est palpable.

L’utilisation de l’avant-plan est remarquable.

Le photographe Dimitri Lovetsky a fait le choix d’inclure dans son cadre les fleurs et, surtout, les fils barbelés, très évocateurs…

La conjointe de Julian Assange, Stella Morris, s’est présentée devant la Cour d’appel de Londres pour s'opposer à l'extradition de son mari vers les États-Unis. L’activiste australien en est à son dernier recours pour éviter l'expulsion.

Ce cliché n'est pas le fruit du hasard. Le photographe a anticipé ce moment en agençant parfaitement la position de la pancarte. Le visage de Julian Assange est bien visible en avant-plan.

L’inscription Don’t Extradite Assange sur la pancarte dirige notre regard vers la femme. Le photographe Leon Neal a attendu le bon moment afin de capter l’expression faciale souhaitée.

Par contre, j’ai une réserve sur la composition graphique. Stella Morris est à l'extrémité du cadre, ce qui diminue considérablement les options de recadrage. Pour cette raison, la majorité des pupitreurs dans les salles de nouvelles ne choisiront pas cette image pour illustrer l'affaire.

Le même jour à Vienne, en Autriche, des manifestants ont porté des masques arborant une photo de Julian Assange lors d’un rassemblement public exigeant sa libération.

Les mains sur la bouche, les sosies du fondateur de WikiLeaks sont omniprésents dans l’image.

L'effet est réussi. On a capté l’attention du lecteur.

Dans le dossier de l'invasion russe, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est récemment rendu sur la ligne de front pour évaluer l’état de la situation avec ses troupes.

Il y a de l’action dans cette image. Entouré de sa garde rapprochée, le président est en mouvement. Notre œil s’achemine instinctivement vers lui.

Le soldat à l’arrière de Volodymyr Zelensky a le doigt à proximité de la gâchette, prêt à dégainer. Autre détail percutant : on perçoit clairement les ruines et la destruction en arrière-plan.

Après deux ans de guerre, le regard cerné du président est évocateur. La tension est tangible. Le leader paraît visiblement inquiet.

Mon clin d'œil de la semaine

​​Plusieurs réfugiés ukrainiens continuent d'arriver au Canada. Au cours des dernières semaines, j’ai rencontré certains membres de cette communauté avec la journaliste Mélanie Meloche-Holubowski.

Lors d'une entrevue, j'ai photographié une réfugiée qui a commenté la situation dans son pays. L'utilisation du contre-jour m’a permis d’illustrer l’impuissance qu’elle ressent à l'idée d’être loin de son pays natal.

Anastasiya Solianyk est physiquement ici, mais, en parlant avec elle, on constate que son cœur, lui, est resté en Ukraine.