Un article écrit par Radio-Canada

Au procès de l’armurière du film Rust, la défense montre du doigt Alec Baldwin

Arts > Procès et poursuites

L'armurière Hannah Gutierrez-Reed est assise avec son avocat Jason Bowles lors de la première journée de témoignage dans son procès, le 22 février 2024.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
L'armurière Hannah Gutierrez-Reed est assise avec son avocat Jason Bowles lors de la première journée de témoignage dans son procès, le 22 février 2024.

Les avocats de l'armurière du film Rust, en procès aux États-Unis pour la mort accidentelle en 2021 de la directrice de la photographie de ce western, ont montré du doigt jeudi la responsabilité de l'acteur et producteur Alec Baldwin, qui tenait l'arme au moment du tir.

Les premiers arguments ont été prononcés dans la matinée au procès à Santa Fe d'Hannah Gutierrez-Reed, chargée de la gestion des armes.

Le tournage avait viré au drame en octobre 2021 dans un ranch du Nouveau-Mexique, État du sud-ouest des États-Unis. Alec Baldwin avait pointé un revolver censé ne contenir que des balles à blanc, mais dont un projectile bien réel avait tué la directrice de la photographie Halyna Hutchins et blessé le réalisateur Joel Souza.

Comme Alec Baldwin, l'armurière de 26 ans est poursuivie pour homicide involontaire, un crime passible de 18 mois d'emprisonnement.

Si l'acteur doit être jugé ultérieurement, son nom a été rapidement mentionné au cours des premiers arguments.

M. Balwin, l'un des principaux producteurs, acteur principal du film, contrôlait dans les faits le tournage, a déclaré Jason Bowles, avocat d'Hannah Gutierrez-Reed.

Vous allez entendre [au cours du procès] qu'il a enfreint certaines des règles les plus basiques en matière de sécurité des armes.

Jason Bowles, avocat d'Hannah Gutierrez-Reed

C'est lui qui les a enfreintes. Ce n'était pas Mlle Gutierrez-Reed, a ajouté l'avocat.

L'accusation a de son côté commencé à dépeindre une image de l'armurière comme quelqu'un de constamment négligent et de non professionnel.

Les éléments apportés au dossier montreront que l'accusée a traité les protocoles de sécurité comme s'ils étaient facultatifs, plutôt que comme si la vie de certains dépendait du fait qu'elle effectue son travail correctement, a déclaré le procureur Jason Lewis.

D'où vient la balle?

L'une des questions au cœur du procès, qui doit durer deux semaines, sera de déterminer comment une vraie balle a pu se retrouver dans le revolver tenu par Alec Baldwin.

Les procureurs ont présenté une photo de l'armurière sur laquelle on voit une balle réelle posée sur ses genoux, plus d'une semaine avant le drame.

Cela démontre que la balle réelle n'aurait pas pu être fournie par quelqu'un d'autre que Mlle Gutierrez-Reed, a dit Jason Lewis.

Jason Bowles a toutefois contesté cet élément, soutenant qu'il était impossible de distinguer une balle réelle d'une balle à blanc sur la simple base d'une photo.

L'avocat de la défense a mis de l'avant des failles dans les preuves récoltées par les enquêteurs et a affirmé que les producteurs du film voulaient faire d'Hannah Gutierrez-Reed un bouc émissaire.

Sa cliente était responsable, selon lui, de deux tâches sur Rust : à la fois armurière et aide-accessoiriste.

Elle avait ainsi dû s'atteler à rouler des cigarettes de cowboy plutôt que d'être autorisée à consacrer du temps sur la sécurité en matière de maniement des armes, a lancé l'avocat.

Disposer d'une armurière à temps partiel sur un film avec tant d'armes était une idée déplorable, mais c'est ce qu'ils ont fait, a ajouté Jason Bowles.

L'avocat a dénoncé les pressions mises selon lui par la production pour faire vite, par avarice.

La date du procès d'Alec Baldwin n'a pas encore été fixée.

L'acteur de 65 ans nie avoir appuyé sur la détente et a toujours maintenu qu'on lui avait assuré que son arme était inoffensive.

Les poursuites d'homicide involontaire à son encontre ont d'abord été levées en avril dernier, après de nouveaux éléments d'enquête pouvant accréditer la thèse d'un tir intempestif.

Mais il a été de nouveau inculpé en janvier. Car selon le magazine Variety, une nouvelle expertise de l'arme en cause, réalisée cet été, a conclu qu'elle n'avait pu se déclencher que par une pression sur la détente.