Un article écrit par Charles Rioux

M’appelle Mohamed Ali : la plume de Dieudonné Niangouna frappe au TNM

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Un extrait de la pièce « M'appelle Mohamed Ali ».Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Un extrait de la pièce « M'appelle Mohamed Ali ».

La pièce M’appelle Mohamed Ali prend l'affiche vendredi au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Le monologue de l’auteur congolais Dieudonné Niangouna est adapté en pièce chorale pour huit interprètes, décuplant la portée de son message tranchant sur les différents combats menés par les personnes noires, entre le ring et la scène.

Le monologue écrit en 2014 par Dieudonné Niangouna avait été pensé spécifiquement pour un interprète, l’acteur burkinabé Étienne Minoungou, dont le personnage principal est fortement inspiré. Dans la mise en scène de l’adaptation signée par Philippe Racine et Tatiana Zinga Botao, du Théâtre de La Sentinelle, il est démultiplié sous les traits de huit acteurs afrodescendants.

On trouve donc sur scène Vlad Alexis, Lyndz Dantiste, Fayolle Jean Jr., Rodley Pitt, Franck Sylvestre, Widemir Normil, Martin-David Peters et Philippe Racine lui-même. L’actrice Oumy Dembele incarne la figure maternelle qui relie tous les interprètes ensemble. Elle agit aussi à titre de directrice technique sur scène.

On a décidé de faire une pièce chorale pour montrer qu'aujourd'hui, au Québec, il y en a plusieurs, des Étienne et des Dieudonné. Ce n’est pas vrai qu’il n’y a qu’un seul comédien noir, il y en a des multitudes. Là, on en a 8, mais on aurait pu être 35, résume Tatiana Zinga Botao. On avait aussi le désir de montrer qu’à part être noirs et être comédiens, on est très différents.

M'appelle Mohamed Ali a d'abord été présenté en 2022 au Festival TransAmérique, puis au Théâtre de Quat'Sous, où Lorraine Pintal, directrice artistique et générale du TNM, est tombée amoureuse de la pièce. C'est elle qui a invité Philippe Racine et Tatiana Zinga Botao à venir la présenter dans son établissement.

Une pièce intense, tant dans le propos que dans la forme

Le rideau s’ouvre alors qu’Étienne s’apprête à incarner au théâtre Mohamed Ali, célèbre boxeur et fervent militant pour les droits des personnes noires. Les combats sociaux du triple champion du monde sont intercalés avec ceux de l’acteur noir qui tente de s’illustrer dans un monde majoritairement blanc.

L’acteur est dans sa loge quelques secondes avant de monter sur scène, et là, tout à coup, le temps se dilate et on entre dans sa tête, dans tout ce qui le motive à incarner Mohamed Ali, explique Philippe Racine.

Il fait ce parallèle entre l’inspiration de Mohamed Ali dans ses combats sociaux et ses propres aspirations à être un acteur africain dans un monde occidental, dans une dramaturgie occidentale. Comment va-t-il prendre sa place là-dedans?

La pièce d'une heure et demie, sans entracte, mise beaucoup sur l’intensité du jeu physique pour égaler celle du texte, grâce au travail de la chorégraphe Claudia Chan Tak. On parle de boxe, mais on ne voulait pas en faire des boxeurs, explique Tatiana Zinga Botao. Mais le texte a quelque chose de très vibrant, donc ça prenait des moments extrêmement physiques, où l'on va jusqu’au bout.

Dieudonné Niangouna, le Michel Tremblay du Congo

Plus connu en Europe que de ce côté-ci de l’Atlantique, Dieudonné Niangouna est une véritable vedette de la littérature dans son pays natal, la République du Congo. C’est le Michel Tremblay du Congo. C’est lui qui a enfin mis la parole congolaise sur scène, explique Tatiana Zinga Botao.

En tant que Congolaise ayant grandi en Belgique, mettre en scène un texte de Dieudonné Niangouna, c’était un rêve, ajoute la co-metteuse en scène.

J’ai étudié au Conservatoire d’art dramatique de Montréal avec Philippe, et on a lu plusieurs auteurs, mais c’était très eurocentré. On souhaitait montrer qu’il y avait de grands auteurs aussi en Afrique du Nord ou en Haïti [...] Le théâtre n’est pas seulement un héritage européen.

Une discussion corsée avec le public 

En découvrant l'œuvre de Dieudonné Niangouna, Tatiana Zinga Botao et Philippe Racine ont été marqués par l’aspect frontal de ses textes, et il leur semblait important de ne pas les lisser pour leur adaptation. Le mot en n y est d’ailleurs mentionné à plusieurs reprises, de manière fidèle aux mots de son auteur.  

On ne se cache pas, on ne se censure pas. Les mots, aussi blessants et chargés puissent-ils être, sont aussi des outils pour l’être humain pour se redonner un sens, explique Philippe Racine. Ce mot, je l’emploie rarement, mais s’il est nécessaire parce qu’il a été écrit par quelqu’un qui sent que c’est nécessaire, mon travail d’interprète et d’artiste, c’est de respecter cette parole-là et ne pas la dénaturer.

Le metteur en scène est conscient que la pièce ne sera pas reçue de la même manière par tous les spectateurs et spectatrices, mais c’est justement la conversation qu’il avait envie d’amorcer avec Tatiana Zinga Botao.

Le combat reste métaphorique, on n'est pas là en train de se battre avec le public. Mais il y a quand même l’idée d’un dialogue qui peut être corsé. On peut être d’accord ou pas, mais le but est quand même d’être dans une prise de parole aussi.

M’appelle Mohamed Ali est présentée du 23 février au 3 mars au TNM. Les billets sont en vente sur le site du théâtre.