Un article écrit par Radio-Canada

Beyoncé dévoile son premier album country, Act II: Cowboy Carter

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Beyoncé renoue avec ses racines texanes sur son dernier opus. Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Beyoncé renoue avec ses racines texanes sur son dernier opus.

Beyoncé, reine mondiale du R'n'B et de la pop, dégaine son premier album étiqueté musique country, nourri par son Texas natal et mettant en lumière l'influence afro-américaine dans ce genre populaire à l'image très conservatrice.

Depuis son premier groupe féminin de gospel et R'n'B, Destiny's Child, jusqu'à son tube de 2016 Daddy Lessons, Beyoncé a mis en avant son sud natal et l'influence de la country sur sa musique et son style.

La chanteuse afro-américaine, également actrice et femme d'affaires, a sorti vendredi à minuit Act II: Cowboy Carter, deuxième volet de sa trilogie Renaissance.

Née à Houston d'une mère de Louisiane et d'un père de l'Alabama, Beyoncé, 42 ans, est devenue à la fin de février la première chanteuse noire à classer un titre en tête des palmarès du country, genre musical très populaire aux États-Unis.

Avec le succès des simples Texas Hold 'Em, rythmé au son du banjo, et 16 Carriages, dévoilés lors du Super Bowl le 11 février, des artistes noires de country espèrent bénéficier d'une mise en lumière.

Ce genre musical a toujours imprégné l'œuvre de Beyoncé, dont le triomphe mondial bouscule les traditions d'un country plutôt associé à des musiciennes et musiciens blancs et conservateurs.

Le country noir, un genre immémorial, mais tenu à l'écart

Selon des historiens de la musique, le banjo, instrument d'origine des musiques country, bluegrass ou folk, trouve ses racines aux Caraïbes au 17e siècle, joué alors par des esclaves, des personnes noires déportées d'Afrique vers les Amériques. Apporté dans l'est des États-Unis, le banjo a été repris par des populations blanches des Appalaches aux siècles suivants.

Chanteuse, autrice, danseuse, productrice, actrice, Beyoncé est aujourd'hui l'artiste la plus couronnée de l'histoire des prix Grammy, les récompenses de l'industrie musicale américaine.

Mais paradoxalement, sur ses 32 récompenses, elle n'a jamais décroché celui du meilleur album. Une polémique sur le manque de diversité que son mari, Jay-Z, a réalimentée en critiquant le milieu de la musique lors de la dernière cérémonie des Grammy, le 5 février.

Beyoncé avait par ailleurs été victime de racisme en 2016 après avoir joué sa chanson country Daddy Lessons à l'occasion des Country Music Association Awards (CMA Awards).

Les critiques qui m'ont visée quand j'ai mis le pied dans [le country] m'ont forcée à dépasser mes propres limites, a-t-elle écrit récemment sur Instagram. Ce nouvel album est le résultat des défis que je me suis lancés et du temps que j'ai pris à tordre et à mélanger les genres.

En 2019, une des chansons de l'année, Old Town Road, du rappeur Lil Nas X, aux accents hip-hop et country, avait été retirée des classements country du Billboard, officiellement parce qu'elle ne comprenait pas suffisamment d'éléments de ce style. Ce qui avait fait polémique.

Reconnaissance tardive

Dès qu'une musicienne ou un musicien noir sort une chanson country, les jugements de valeur, commentaires et critiques volent en escadrille, a fustigé, dans le journal britannique The Guardian, la chanteuse de folk et de blues Rhiannon Giddens, présente sur le titre Texas Hold 'Em.

Elle a dénoncé les gens qui tentent de préserver la nostalgie d'une tradition [d'un country] purement blanc qui n'a jamais existé. Ces dernières années, des musiciennes et musiciens noirs ont tout de même réussi à percer dans la country, comme Mickey Guyton et Brittney Spencer.

Signe de cette reconnaissance tardive, le célèbre morceau folk et country de Tracy Chapman, sorti en 1988, Fast Car, a reçu le prix de la meilleure chanson 2023 aux CMA Awards, mais c'était après que le chanteur blanc Luke Combs en eut fait une reprise.

Pour Charles Hughes, auteur du livre Country Soul: Making Music and Making Race in the American South, la période country de Beyoncé est la revendication d'une partie de son identité musicale et de son ancrage à Houston, la métropole cosmopolite du Texas.

Ces 15 dernières années, Beyoncé s'est vraiment tournée vers ses origines texanes, insiste M. Hughes, ce qui a provoqué l'hostilité de gens disant : "Oh, elle ne peut pas faire du country".