Un article écrit par Charles Rioux

La chanteuse et actrice québécoise Guylaine Guy s’éteint en France

Arts > Musique

Guylaine Guy en 1963Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Guylaine Guy en 1963

La chanteuse, actrice et artiste visuelle québécoise Guylaine Guy, qui a passé l’essentiel de sa vie en France, est morte dans la nuit de samedi à dimanche à Saint-Arnould, petite commune de Normandie près de Trouville-sur-Mer. Elle devait célébrer son 95e anniversaire le 6 avril.

C’est son grand ami français Gérard Bossu qui a confirmé la nouvelle de son décès à la journaliste et autrice québécoise Catherine Genest, qui a publié en 2022 un roman biographique inspiré de la vie de Guylaine Guy, La princesse du rythme.

L’artiste multidisciplinaire, qui était aux prises avec la maladie d’Alzheimer, était confinée à un fauteuil roulant depuis plusieurs années. Finalement, c’est la maladie qui l’a emportée, explique Catherine Genest, qui a consacré six ans de sa vie à retracer le parcours de Guylaine Guy.

La chanteuse s’est mariée en 1963 avec l’avocat pénaliste français Charles Libman, qui est décédé en 2018 à l’âge de 94 ans.

Chanter avec Charles Trenet, Edith Piaf et Louis Armstrong

Née Guylaine Chailler le 6 avril 1929 à Montréal, Guylaine Guy a fait ses débuts dans les années 1950 dans les cabarets de la métropole, comme Au Faisan Doré.

En 1953, elle a vécu sa première expérience sur Broadway, à New York, en tant que doublure de Lilo pour la production Can-Can, célèbre comédie musicale du compositeur et parolier Cole Porter.

Après quelque temps aux États-Unis, Guylaine Guy est revenue à Montréal en 1955, où elle a été repérée par l’auteur-compositeur-interprète français Charles Trenet, qui la prendra sous son aile et lui écrira plusieurs chansons, dont Où sont-ils donc? La chanteuse se produira non seulement avec Trenet, mais aussi avec Edith Piaf et le célèbre trompettiste américain Louis Armstrong.

Ce dernier la sacrera d’ailleurs princesse du rythme en 1955 lors d’un concert avec Charles Trenet à l’Olympia de Paris, comme il l'avait fait auparavant avec Ella Fitzegarld et Bessie Smith. À l’époque, le musicien avait l’habitude de consacrer ainsi une artiste de la musique à l’occasion de la fête de la Sainte-Cécile, la sainte patronne des musiciens, le 25 novembre.

À la fin des années 1950, elle effectua plusieurs tournées, notamment en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Espagne, en Hollande et en Suisse. L’artiste a également incarné une femme de chambre dans le film La nuit des suspectes (1957), du réalisateur français Victor Merenda, en plus de faire quelques apparitions à la télévision.

À Montréal, elle a aussi joué au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) dans Irma la douce, explique Catherine Genest. C’était une comédie musicale qui était bien sulfureuse pour l’époque, puisque c’était l’histoire d’une prostituée. Il n’y a pas grand monde qui voulait jouer ça en 1963, mais elle a eu le courage de le faire.

Une passion pour la peinture développée sur le tard

Guylaine Guy tentera un retour à la chanson dans les années 1970, qui se soldera par un échec. Elle s'inscrit ensuite à L'Académie Frochot, à Paris, pour apprendre la peinture. Elle deviendra l'apprentie du tapissier Jean Picart Le Doux, pour qui elle fera du remplissage.

En fait, la peinture a toujours fait partie de sa vie, c’était son premier choix, mais elle avait été refusée à l’École des Beaux-Arts à Montréal, explique Catherine Genest.

Donc quand sa carrière musicale s’est mise à ralentir, elle s’est mise à la peinture et à la sculpture. Elle ramassait des déchets en métal sur la plage, elle les amenait dans son atelier et elle les soudait pour créer des sculptures. C’est assez impressionnant parce que c’était une petite madame toute menue. Elle était assez rebelle.

Guylaine Guy était la sœur d'une autre célèbre chanteuse québécoise, Colette Chailler, alias Colette Bonheur, l'une des premières vedettes à la télévision de Radio-Canada. Cette dernière est morte en 1966 d'une surdose de barbituriques.