Un article écrit par Bassirou Bâ

De nouvelles prévisions tablent sur une baisse des prix du pétrole

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Si une telle baisse attendue devrait réjouir les consommateurs, elle priverait cependant l'Alberta d'importantes redevances provenant du pétrole et du gaz naturel. (Photo d'archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Si une telle baisse attendue devrait réjouir les consommateurs, elle priverait cependant l'Alberta d'importantes redevances provenant du pétrole et du gaz naturel. (Photo d'archives)

De nombreux analystes tablent sur une chute des cours mondiaux du pétrole en 2024. Celle-ci devrait se poursuivre jusqu'en 2026, avant de remonter légèrement dans les années suivantes, sans toutefois dépasser la barre des 80 $ le baril, comme le prévoit, par exemple, la firme Deloitte.

Dans son dernier rapport, Deloitte Canada prévoit ainsi que le prix moyen de référence du brut en Amérique du Nord, le West Texas Intermediate (WTI), se situera à 72 $ l'année prochaine. Cela représenterait une baisse de 7 % par rapport à la moyenne de 2023, et de 29 %, comparativement à celle de 2022.

Deloitte souligne que les prix mondiaux du pétrole ont atteint leur niveau le plus bas depuis plus de deux ans.

Mardi, le prix de référence du brut s'établissait autour de 72 $ le baril.

La baisse des prix s’explique par la combinaison des effets de plusieurs facteurs, dont la décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de réduire l’approvisionnement du marché en pétrole brut en 2022 et un ralentissement de la demande, comme l'explique Andrew Botterill, spécialiste de l’énergie chez Deloitte Canada.

En réaction à la décision de l’OPEP, les États-Unis ont augmenté leur production de pétrole de 9 % en 2023.

Les marchés pétroliers ont été volatils en 2023, principalement en raison des tensions géopolitiques accrues. Contrairement aux années précédentes, ces tensions n’ont pas entraîné une hausse des prix comme cela se produit normalement.

Andrew Botterill, Deloitte Canada

L'OPEP a aussi récemment décidé de réduire sa production de pétrole de 2,2 millions de barils par jour au cours du premier trimestre 2024.

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Le prix du baril prévu entre 70 et 80 $

Sara Vakhshouri, fondatrice et présidente de la société de conseil en énergie SVB Energy International, prévoit que le prix du WTI se situerait dans une fourchette de 70 à 80 $ cette année.

Les prévisionnistes d'ATB Financial s’attendent à un prix du baril de l'or noir situé autour de 75 $. Il sera plus faible [que l'année dernière], mais je ne pense pas qu'il sera nécessairement beaucoup plus faible, estime Amir Arif, son directeur général pour la recherche institutionnelle.

La demande de pétrole continuera de croître à un rythme plus lent en 2024 par rapport à 2023 et 2022 , poursuit M. Arif.

L'Administration américaine d'information sur l'énergie prévoit pour sa part que la demande augmenterait cette année d'environ 1 million de barils par jour.

Une bonne nouvelle pour les consommateurs…

Une baisse des prix du pétrole soulagerait le portefeuille des consommateurs, estime Andrew Botterill, d’autant plus que la hausse des prix de l'énergie, et de l'essence en particulier, a été l'un des principaux catalyseurs de l'augmentation de l'inflation.

C'est une bonne nouvelle. Nous sommes tous des consommateurs, d'une manière ou d'une autre. Des prix plus bas nous aideront à chauffer nos maisons et à remplir [les réservoirs d’essence de] nos véhicules.

Andrew Botterill, Deloitte Canada

D’après lui, les cours du gaz naturel restent également faibles, le prix annuel moyen de l'indice de référence du Canada, AECO, devant s'établir à 2,35 $, ce qui est nettement inférieur à la moyenne de 5,75 $ de 2022.

Deloitte note par ailleurs que, si les prix du pétrole ne sont pas aussi prometteurs qu'il y a un an ou deux, de nouvelles possibilités d’affaires ont émergé dans des secteurs tels que la pétrochimie.

Le rapport cite à cet égard le projet du fabricant américain de produits chimiques Dow, à Fort Saskatchewan, près d’Edmonton.

… mais pas pour les caisses de l’Alberta et l’industrie

La baisse des cours de l'énergie serait cependant perçue comme une douche froide par le gouvernement albertain, qui reste largement tributaire des redevances provenant du pétrole et du gaz naturel.

La province a récemment anticipé une augmentation de 3,2 milliards de dollars de surplus budgétaire, grâce notamment à la manne pétrolière.

Les coffres de l'Alberta pourraient d’autant plus souffrir d’une baisse des prix qu'une variation de 1 $ du prix du pétrole entraîne une augmentation ou une diminution des recettes de 630 millions de dollars, comme l'a expliqué la province dans son dernier budget.

Le même document table sur un prix du baril à 79 $. Si ces prévisions se maintiennent à ce niveau, la variation de cette année pourrait s'élever à plus de 4 milliards de dollars.

Le prix du WTI est l'un des nombreux facteurs qui jouent sur les perspectives de revenus de l'Alberta, indique un porte-parole du cabinet du ministre des Finances.

Nous savons que les prix du pétrole continueront à être volatils. Les prévisions du gouvernement concernant le prix du WTI resteront prudentes et refléteront les meilleures informations disponibles sur les fondamentaux pétroliers mondiaux et les risques géopolitiques connus à ce moment-là.

Ministère des Finances de l'Alberta

Les recettes tirées des ressources non renouvelables, qui représentent souvent entre un quart et un tiers des recettes totales de l'Alberta, devraient pour leur part se situer autour de 19,7 milliards de dollars pour 2023-2024.

L'industrie ne verra pas non plus d’un bon œil ces nouvelles prévisions, alors que certains de ses acteurs ont engrangé des bénéfices records en 2022 grâce à la flambée des prix des matières premières.

Avec des informations de CBC News et La Presse canadienne