La hausse du compte de taxes des Torontois pourrait atteindre 16,5 % si Ottawa ne fournit pas 250 millions de dollars à la Ville, dit la chef du budget.
Les Torontois feront face à une hausse de 9 % de l'impôt foncier en 2024, en plus d'un supplément de 1,5 % pour les infrastructures, selon le budget préliminaire présenté mercredi. Il s'agit de l'augmentation la plus substantielle proposée depuis la fusion municipale de 1998.
Selon la chef du budget, la conseillère municipale Shelley Carroll, les résidents devront payer en moyenne 30 $ de plus par mois au total si le budget de fonctionnement de 17 milliards de dollars est adopté.
En revanche, les tarifs de transport en commun seraient gelés. La police obtiendrait également une légère hausse de son budget annuel.
Mme Carroll dit que la hausse salée de l'impôt foncier est nécessaire malgré des économies de plus de 600 millions recensées par les fonctionnaires parce que le manque à gagner prévu s'élève à près de 1,8 milliard cette année.
On ne peut plus simplement reporter la résolution du problème à l'année suivante. Il faut remettre Toronto sur le bon chemin.
La mairesse Olivia Chow a tenu à préciser que cette proposition budgétaire avait été préparée par les fonctionnaires municipaux et par la chef du budget, Shelley Carroll, qui y ont mis beaucoup d'efforts.
Sa version sera présentée le 1er février pour adoption le 14. Entre-temps, les consultations vont se poursuivre auprès de la population. « Je veux que les résidents nous disent si ce budget répond à leurs exigences tout en réparant ce gâchis financier », a-t-elle affirmé.
En campagne électorale, Mme Chow avait affirmé qu'elle hausserait l'impôt foncier de façon « modeste » sans vouloir donner de chiffre.
Ce n’est pas moi qui ai créé ce gâchis financier, mais il faut corriger la situation. Nous devons remettre cette ville sur la bonne voie.
Nous aurions été dans un véritable gouffre [sans le nouveau pacte financier de 1,2 milliard avec la province]
, renchérit le directeur municipal, Paul Johnson. L'entente de trois ans fournit un allégement de près de 400 millions cette année.
Il espère pouvoir recommander de plus faibles hausses d'impôt foncier au cours des prochaines années. Nous essayons toujours de trouver le juste milieu [entre les besoins budgétaires et les moyens financiers des résidents]
, dit-il.
Faits saillants du budget 2024 proposé
- Hausse de 9 % de l'impôt foncier avec une charge supplémentaire de 1,5 % pour les infrastructures
- Hausse moyenne de 3 % des frais pour l'aqueduc et la cueillette des ordures
- 82 M $ de plus pour les refuges et pour le logement destinés aux sans-abri
- 30 M $ de plus pour le transport en commun, y compris l'embauche de constables spéciaux supplémentaires
- 20 M $ de plus pour les services communautaires, par exemple la prolongation des heures d'ouverture des bibliothèques la fin de semaine
- 19 M $ de plus pour la sécurité publique, entre autres pour l'expansion du service d'aide aux personnes en détresse ainsi que pour l'embauche de pompiers et d'ambulanciers additionnels
- Élimination du programme de déneigement des accumulations de neige au bout des entrées résidentielles (économie de 16 M $ par an)
En Ontario, la loi provinciale force les municipalités à avoir un budget de fonctionnement équilibré chaque année.
L'an passé, Toronto a puisé des centaines de millions de dollars dans ses réserves pour équilibrer son budget alors que le manque à gagner dépassait 1 milliard. Cette année, Mme Carroll rejette toutefois cette approche. Vous avez une nouvelle chef du budget et une nouvelle mairesse
, répond-elle.
Il reste de 200 à 250 millions dans les réserves qui n'ont pas encore été alloués, précise le directeur financier de la Ville, Stephen Conforti.
À Montréal, l'impôt foncier augmentera de 4,9 % en moyenne cette année alors qu'il grimpera de 7,5 % à Vancouver après une hausse de 10,7 % l'an dernier.
Plus d'argent d'Ottawa?
Toronto continue par ailleurs à réclamer 250 millions annuellement du fédéral pour loger les demandeurs d'asile et les réfugiés, accusant le gouvernement Trudeau de ne pas payer sa juste part à l'heure actuelle.
Il s'agit d'une responsabilité fédérale
, lance-t-elle.
Mme Carroll prévient que la hausse de l'impôt foncier pourrait bondir de 6 % de plus si Ottawa ne confirme pas de subvention supplémentaire d'ici le 26 janvier.
Nous avons apporté plus de soutien à la Ville de Toronto que tout autre gouvernement fédéral dans l’histoire canadienne
, répond Katherine Cuplinskas, porte-parole de la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland. Et nous sommes heureux de voir la province de l'Ontario augmenter elle aussi le soutien qu’elle offre.
Notre gouvernement a été – et continuera d'être – un partenaire solide pour les gens de Toronto, y compris, entre autres, dans les domaines du logement et du transport en commun.
Premier budget d'Olivia Chow
Il s'agit du premier budget annuel de la nouvelle mairesse Olivia Chow, qui avait prévenu les résidents en décembre qu'ils devraient payer davantage plus en 2024 malgré le nouveau pacte financier conclu avec le gouvernement provincial.
La conseillère Carroll avait indiqué la semaine dernière que l'augmentation de l'impôt foncier serait « substantielle » cette année, sans la chiffrer.
L'impôt foncier a augmenté de 5,5 % en 2023 à Toronto, en plus d'un supplément de 1,5 % pour les infrastructures.
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Des consultations budgétaires doivent avoir lieu au cours des prochaines semaines. Le conseil municipal doit adopter la version finale du budget 2024 le 14 février.
Trou budgétaire chronique
L'ancien conseiller municipal John Filion affirme que la Ville Reine a des problèmes financiers chroniques, en partie parce que les élus n'ont pas eu le courage politique par le passé de hausser l'impôt foncier au-delà du taux d'inflation.
Le conseil a fait fi en grande partie des avertissements d'une succession de directeurs municipaux qui disaient aux élus qu'il fallait sabrer les services pour avoir un impôt foncier bas ou le hausser pour avoir de bons services
, dit-il.
L'ex-conseiller espère que la mairesse Chow arrivera à convaincre le public d'accepter cet exercice [budgétaire] très difficile
.
Pour accroître ses revenus, la Ville Reine évalue aussi la possibilité d'imposer de nouvelles taxes, entre autres sur le stationnement.
Mécontentement et ras-le bol des propriétaires
C'est difficile de nos jours de gagner sa vie et de payer ses dépenses
, affirme la propriétaire Avi Bodenstein, qui s'oppose à l'éventuelle augmentation de son compte de taxes municipales.
Je ne suis pas convaincue que cet argent sera dépensé correctement. La Ville ne fait qu'ajouter de plus en plus de dépenses pour les propriétaires
, pense-t-elle.
Cette résidente de Toronto est mécontente de la proposition d'augmenter les impôts fonciers de 10,5 %.
Que vous soyez locataire ou propriétaire, les politiciens et les fonctionnaires doivent comprendre que joindre les deux bouts est difficile
, lance Avi Bodenstein.
Un autre propriétaire torontois, Mike Kearney, pense que beaucoup de gens ont déjà bien du mal à rester propriétaires d'une maison
.
Je suis triste pour des gens comme mon fils à l'université, pour qui les perspectives d'accession à la propriété semblent sombres
, croit-il.