Un article écrit par Julien David-Pelletier

Une installation de déchets nucléaires autorisée à Chalk River

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La Commission canadienne de sûreté nucléaire autorise une installation de gestion de déchets nucléaires à Chalk River malgré les critiques. (Photo d'archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
La Commission canadienne de sûreté nucléaire autorise une installation de gestion de déchets nucléaires à Chalk River malgré les critiques. (Photo d'archives)

Malgré l’opposition des Premières Nations et de certains scientifiques, les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) pourront tout de même entreprendre la construction d’une installation de gestion de déchets nucléaires à Chalk River, au nord-ouest d'Ottawa, le long de la rivière des Outaouais. Le projet ira de l’avant sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin Anishinabeg.

Selon la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), qui est chargée d’avaliser ce genre de projet, l’installation de gestion de déchets près de la surface (IGDPS) n’est pas susceptible d’entraîner des effets environnementaux significatifs, à condition que les LNC mettent en œuvre toutes les mesures d’atténuation et de suivi proposées, peut-on lire dans un communiqué de l’organisme partagé mardi.

La CCSN estime notamment que la conception du projet est robuste, qu’elle s’appuie sur un solide dossier de sûreté, qu’elle permet à l’installation d’atteindre sa durée de vie nominale requise, et qu’elle est suffisante pour résister aux phénomènes météorologiques violents, poursuit le communiqué.

La Commission plaide notamment qu’elle s’est acquittée de son obligation constitutionnelle de consulter et, le cas échéant, d’accommoder les droits des Autochtones.

Dans le communiqué de presse, on précise toutefois que la décision de la Commission s’applique uniquement à la construction du projet d’IGDPS.

L’autorisation d’exploiter l’IGDPS devra faire l’objet d’une audience et d’une décision futures de la Commission quant à l’octroi d’un permis dans l’éventualité où les LNC présenteraient une demande à cet égard, est-il indiqué.

Le 2 janvier dernier, Radio-Canada apprenait que des chercheurs du Musée canadien de la nature s’opposaient à ce projet en raison des risques pour deux espèces d’eau douce qui sont déjà menacées, dont l’obovarie olivâtre. Le projet piloté par SNC-Lavalin se trouverait à seulement un kilomètre de la rivière des Outaouais.

Le permis des LNC est ainsi modifié par la Commission : il sera valide jusqu’en 2028.

La Première Nation de Kebaowek condamne la décision de la CCSN

La Première Nation de Kebaowek, située au nord de Témiscaming, a vertement condamné la CCSN et a demandé au gouvernement fédéral d’intervenir pour stopper ce projet hautement risqué pour l’environnement.

La décision finale de la Commission n’est absolument pas fondée en concluant que le projet [...] n’aura pas d’effets environnementaux importants, a déclaré le chef de la nation, Lance Haymond, par voie de communiqué.

Bien que la décision stipule que les LNC prendront des mesures appropriées pour préserver l'environnement, la santé, la sécurité des individus et la sécurité nationale, ainsi que pour respecter les obligations nationales, il est indéniable que la sécurité et la santé des personnes et de l'environnement seront profondément affectées pour les générations à venir par ce projet, a-t-il réagi.

Il cite notamment les risques de tremblements de terre, de feux de forêt, d’inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes pour justifier son opposition au projet. Il rappelle aussi que plus de 140 villes du Québec et de l’Ontario ont manifesté leur opposition ou leur inquiétude par rapport au projet, parmi lesquelles on trouve Gatineau, Montréal et Ottawa.

La décision de la Commission est inacceptable, notamment parce qu’elle va à l’encontre des droits des peuples autochtones et de la protection environnementale. Le gouvernement du Canada doit agir rapidement et affirmer sans attendre la suspension du projet, conclut M. Haymond.

Mais la directrice Installation de gestion des déchets près de la surface au sein de Laboratoires Nucléaires Canadiens, Meggan Vickerd, assure que seuls les déchets faiblement radioactifs seront stockés à Chalk River. Des objets tels que des serpillières contaminées, des vêtements de protection et certains déchets commerciaux.

Nous avons l'intention de respecter tous nos engagements envers les communautés autochtones, les organisations ou le public local afin de continuer à répondre à leurs questions et à leurs préoccupations.

Jane Toller « déçue et frustrée »

La préfète de la MRC de Pontiac Jane Toller n'a pas caché son mécontentement face à la décision de la CCSN. Elle qualifie la consultation d'écoute symbolique, déplorant que tant de groupes, y compris les peuples autochtones, aient consacré en vain autant d'énergie à plaider leur point de vue.

Le gouvernement fédéral est parfaitement au courant de la Déclaration des Nations Unies [sur les droits des peuples autochtones], selon laquelle aucun stockage de déchets nucléaires ne devrait avoir lieu sur les terres [autochtones], a-t-elle martelé en entrevue.

L'avenir nous dira si ce projet est sûr, mais nous ne pouvons qu'espérer le meilleur.

Jane Toller, préfète de la MRC de Pontiac

L'élue a qualifié les consultations menées par le gouvernement fédéral de blague. Ce n'était pas une consultation sincère. Ça me dérange que les Premières Nations n'aient pas été écoutées, a jugé Mme Toller.

Elle affirme ainsi que la principale demande, celle d'installer la structure plus loin de la rivière des Outaouais, a été rejetée par la CCSN.

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Une solution imparfaite, selon un organisme environnemental

L’organisme Garde-rivière des Outaouais a lui aussi réagi à l’autorisation promulguée par la CCSN, indiquant qu’il s’agissait d’une solution imparfaite.

Nous aimerions voir des améliorations à la proposition. Nous révisons actuellement la décision finale, et nous aurons d’autres commentaires prochainement, a déclaré en entrevue Laura Reinsborough, présidente-directrice générale de l’organisme.

Elle soulève que les problèmes de déchets nucléaires à Chalk River ne datent pas d’hier. Il y a beaucoup de déchets nucléaires qui existent là déjà. Il faut qu’il y ait une solution mise en place pour améliorer la situation, soutient-elle.

Selon Mme Vickerd, la construction de l'installation de Chalk River devrait prendre environ trois ans.

Avec les informations de Patrick Foucault, Nelly Albérola et CBC News