Un article écrit par Radio-Canada

Déchets nucléaires à Chalk River : « aucune surprise » pour Dylan Whiteduck

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Le chef de Kitigan Zibi, Dylan Whiteduck (Photo d'archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Le chef de Kitigan Zibi, Dylan Whiteduck (Photo d'archives)

Le chef de la nation algonquine anishinabeg de Kitigan Zibi, Dylan Whiteduck, n’a pas du tout été surpris de la décision des Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) d’autoriser la construction d’une installation de gestion de déchets nucléaires à Chalk River, au nord-ouest d'Ottawa, le long de la rivière des Outaouais.

Nous savions que le projet allait aller de l’avant sans notre accord. C’est un manque de respect. C’était David contre Goliath. Nous savions que nous ne pouvions pas gagner, mais il fallait essayer, a-t-il confié en entrevue à Radio-Canada mercredi après-midi.

Nous nous étions toujours sentis comme les négligés dans cette histoire.

M. Whiteduck n’a pas caché que la nation algonquine anishinabeg de Kitigan Zibi allait peut-être entamer des démarches pour contester la décision.

Nous allons consulter notre population. Je ne dis pas que ce sera une grande protestation ou une contestation radicale, mais nous regardons nos options.

Sur le site internet du gouvernement du Canada, on rappelle que la décision de la Commission s’applique uniquement à la construction du projet d’IGDPS.

L’autorisation d’exploiter l’IGDPS devra faire l’objet d’une audience et d’une décision futures de la Commission quant à l’octroi d’un permis dans l’éventualité où les LNC présenteraient une demande à cet égard, est-il précisé.

« Décision décevante pour Gatineau », dit France Bélisle

La mairesse de Gatineau, France Bélisle, a quant à elle qualifié la décision de « décevante ».

Dans une déclaration publiée sur le réseau social X (anciennement Twitter), France Bélisle a mentionné que la décision soulève des préoccupations cruciales quant à la sécurité d’eau potable de millions de résidents.

La mairesse de Gatineau a laissé entendre que nous continuerons à insister [sur l’importance] des mesures adéquates afin de minimiser les risques pour nos citoyens le long de la rivière des Outaouais.

Invitée à commenter la décision, la députée libérale fédérale du Pontiac, Sophie Chatel, a mentionné d’entrée de jeu qu’elle était rassurée de savoir qu’il n’y aura pas d’impacts négatifs sur la rivière des Outaouais, ce qui était la priorité des gens qui y habitent.

Sophie Chatel n’a cependant pas caché sa déception envers l’approbation donnée par la Commission, qui est, rappelons-le, indépendante du gouvernement. L’élue demande qu’on fasse preuve d’une pleine transparence à l’égard de la population, des groupes environnementaux et des peuples autochtones.

Il y a une certaine déficience [en ce qui a trait] à la législation. On a consulté sur un projet très spécifique, mais il n’y a pas vraiment eu de conversations substantielles sur les alternatives à ce projet-là. Je pense que c’est dans la loi elle-même. On demande à la Commission de regarder un projet, pas les alternatives, a commenté celle qui a fait son entrée à la Chambre des communes au terme des élections fédérales de 2021.

D'autres mécontents

France Bélisle et Sophie Chatel ne sont pas les seules élues à avoir manifesté leur mécontentement face à l'adoption de ce projet.

Mardi après-midi, la préfète de la MRC de Pontiac, Jane Toller, peinait à comprendre pourquoi le gouvernement fédéral avait accepté cela, alors qu'il est parfaitement au courant de la Déclaration des Nations Unies [sur les droits des peuples autochtones], selon laquelle aucun stockage de déchets nucléaires ne devrait avoir lieu sur les terres [autochtones].

Le Bloc Québécois a également dénoncé l’approbation du projet par la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Les porte-paroles du parti en matière d’Environnement et de Ressources naturelles, Monique Pauzé et Mario Simard ont qualifié la décision de nouvel écueil libéral en environnement et ont appelé, par voie de communiqué, le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault à intervenir.

S’il reste une once de responsabilité environnementale chez M. Guilbeault, il doit se ressaisir et inviter son collègue aux Ressources naturelles à bloquer ce projet. Nous ne pouvons risquer de mettre en jeu notre fleuve et la santé de millions de Québécois. Pour reprendre les mots du ministre Guilbeault, ce projet est tout simplement inconcevable. Ottawa doit reculer sur cette approbation et écouter la voix de la raison , a lancé Mario Simard.

Par courriel, mercredi, le cabinet du ministre fédéral des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a refusé tout commentaire, rappelant que la Commission est un organisme indépendant.

Le chef de Kebaowek, Lance Haymond, a lui aussi vivement condamné la décision de la commission, la qualifiant d'inacceptable. Il a appelé Ottawa à agir rapidement et à affirmer sans attendre la suspension du projet.

Un paquet de municipalités, au-dessus de 150 municipalités, dont Montréal, qui s'inquiètent d'une possible pollution de l'eau potable avec du tritium qui pourrait s'échapper de ce centre d'enfouissement là, souligne pour sa part Jean-Pierre Finet, le porte-parole Regroupement québécois des organismes environnementaux en énergie.

La directrice Installation de gestion des déchets près de la surface au sein de Laboratoires Nucléaires Canadiens, Meggan Vickerd, assure que seuls les déchets faiblement radioactifs seront stockés à Chalk River. Des objets tels que des serpillières contaminées, des vêtements de protection et certains déchets commerciaux.

Nous avons l'intention de respecter tous nos engagements envers les communautés autochtones, les organisations ou le public local afin de continuer à répondre à leurs questions et à leurs préoccupations.

Radio-Canada a appris au début de l'année que des chercheurs du Musée canadien de la nature s’opposaient à ce projet en raison des risques pour deux espèces d’eau douce qui sont déjà menacées, dont l’obovarie olivâtre. Le projet piloté par SNC-Lavalin se trouverait à seulement un kilomètre de la rivière des Outaouais.

Plusieurs communautés des Premières Nations ont elles aussi, à de multiples occasions, fait part de leurs inquiétudes en ce qui concerne ce projet.

Avec les informations de Nelly Albérola