Les entreprises Sayona et Ramo étudient la faisabilité et la viabilité d’une technologie qui repose sur la plantation de saules à croissance rapide pour valoriser des eaux au Complexe minier Lithium Amérique du Nord, à La Corne, entre Amos et Val-d'Or. Ce projet fournira aussi une biomasse forestière qui pourra être utilisée pour la restauration du site.
La technologie Evaplant, élaborée par Ramo, est déjà utilisée pour réduire les rejets d'eaux de lixiviation de sites d’enfouissement. L’entreprise croit qu’elle peut aussi servir aux eaux rejetées par les mines. En plus de réduire les effluents, cette technologie permet de capter du carbone.
Plutôt que de rejeter les eaux dans l’environnement, on les irrigue sur notre technologie et on vient réduire ces eaux par la transpiration des saules. Donc, en fait, on utilise les saules comme un grand évaporateur biologique.
Une vitrine technologique a donc été mise sur pied avec la collaboration du Groupe Misa, un réseau d'expertise en innovation minière, afin de faire la preuve du concept au Complexe Lithium Amérique du Nord de Sayona durant les deux prochaines années. Selon Ramo, il s’agit d’un premier essai au Québec, voire au Canada.
On a planté les 20 000 saules à croissance rapide cet été sur une superficie d’un peu plus d’un hectare. Nous avons installé la technologie et, maintenant, on va la mettre en opération au printemps. Ça va permettre de valoriser et de réduire les eaux au site
, explique Xavier Lachapelle.
Les saules utilisent les nutriments présents dans l’eau pour leur croissance, comme l’azote, puis évaporent une grande partie de l’eau. Cette opération devrait permettre de valoriser 3100 mètres cubes d’eaux minières, soit l’équivalent d’une piscine olympique, et de capter 16 tonnes de CO2 par année.
De la biomasse pour la restauration
La plantation de saules à croissance rapide sur le site du Complexe Lithium Amérique du Nord présente aussi l’avantage de produire de la biomasse forestière qui pourra être utilisée pour la restauration progressive du site. Cette matière organique est essentielle pour végétaliser par exemple les haldes de stériles, souvent composées de roches et de mort-terrain.
Les saules à croissance rapide peuvent être récoltés tous les deux à quatre ans. Seules les tiges sont alors récupérées. Le système racinaire reste au sol et produit de nouvelles tiges. Ces productions peuvent durer de 20 à 30 ans.
L’idée de Ramo est d’utiliser des saules à croissance rapide qui fixent du carbone et qui traitent en même temps une quantité d’eau qui n’est pas gigantesque mais qui est suffisante pour dire que ç'a un effet
, souligne Jean-Luc Bugnon, vice-président environnement chez Sayona.
Ça nous permet aussi de faire croître de la matière organique, des saules, qui seront transformés en copeaux de bois, poursuit-il. Pour nous, c’est d’un très grand intérêt pour réussir à avancer dans notre objectif de restaurer les activités minières actuellement en cours.
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Partenariat à saveur locale
Sayona voit donc d’un très bon œil son partenariat avec Ramo, qui possède des plantations de saules à La Corne.
Nous sommes fiers de participer à ce projet. On trouve que c’est novateur. C’est 100 % québécois. Et c’est une implication locale et régionale avec une entreprise qui a un pied-à-terre directement à La Corne. Pour nous, c’est vraiment extraordinaire
, affirme Jean-Luc Bugnon.
Le Groupe Misa, qui a travaillé au montage financier du projet, se réjouit aussi de ce partenariat entre les deux entreprises.
Avec Sayona, l’entreprise Ramo est en mesure non seulement de démontrer la performance de sa technologie mais aussi de démontrer les coûts, les économies liées à cette nouvelle façon de faire. Ça peut réduire les investissements requis liés à la restauration minière et permettre une restauration plus rapide, une réduction plus substantielle de l’empreinte au sol du complexe minier
, indique le directeur général de Misa, Alain Beauséjour.
Ce projet mobilise des chercheurs de l’Université de Montréal et de l’UQAT. Il reçoit le soutien financier du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie ainsi que du Consortium de recherche et innovations en bioprocédés industriels du Québec. Sayona bénéficie ainsi d’une aide de 415 200 $.