Un article écrit par Catherine Bérubé

« Il faut combattre jusqu’à la fin » : entrevue avec l’auteur ukrainien Andreï Kourkov

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Andreï Kourkov est l'un des auteurs ukrainiens les plus lus dans le monde. Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Andreï Kourkov est l'un des auteurs ukrainiens les plus lus dans le monde.

Lors de son passage en Ukraine, le journaliste Patrice Roy a rencontré l’auteur ukrainien Andreï Kourkov dans son bureau à Kiev.

Deux ans après le début de l’invasion russe, l’auteur Andreï Kourkov ne voit pas d’issue à la guerre tant que Vladimir Poutine sera en vie. « Poutine est prêt à sacrifier l'économie russe, l'avenir russe, la culture russe et les jeunes Russes », se désole-t-il.

Selon lui, la négociation avec le Kremlin n’est pas une solution envisageable pour le peuple ukrainien. Si on donne un territoire occupé à la Russie, la Russie va revenir pour en prendre plus, estime l’écrivain.

La résistance est donc la seule façon de préserver l’existence ukrainienne, à son avis. Sans une victoire, il croit qu’une vingtaine de millions d’Ukrainiens devront se réfugier en Europe. Ce serait l’un des drames les plus graves dans l’histoire contemporaine, déplore-t-il.

La situation peut se répéter dans les autres pays si on ne contrôle pas le droit international.

Andreï Kourkov, écrivain

Andreï Kourkov a toutefois espoir qu’un nouveau régime russe – après la mort de Vladimir Poutine – pourrait mettre fin au cauchemar ukrainien. Il espère qu’il y aura une autre génération de Russes qui seront différents, plus civilisés et qui accepteront les règles internationales.

Après la mort de Poutine, on pourra penser à des négociations avec la Russie, soutient-il.

Apprendre à vivre avec la guerre

Depuis le début de l’invasion, l’écrivain n’arrive plus à écrire de la fiction. Il se penche plutôt sur des textes destinés à la presse internationale afin de raconter la guerre.

Il souligne qu’il a dû apprendre à vivre avec la nouvelle réalité de son quotidien, qui a été complètement chamboulé. Ayant toujours habité à Kiev, l’Ukrainien d'origine russe raconte avoir été déplacé et avoir dû se réfugier ailleurs.

Cette ville, c'est ma patrie, c'est ma vie. Si je suis détaché de Kiev, je ne sais pas ce que je peux faire, explique-t-il. Je me sens comme un homme nomade, comme quelqu’un qui peut perdre sa maison à chaque moment.

J’écris sur la guerre, parce que la guerre, c'est ma vie maintenant.

Andreï Kourkov, écrivain

« Je pense toujours à la guerre »

L’auteur affirme qu’il lit constamment les journaux et les nouvelles. Plus d’une fois par heure, il s’informe sur ce qui se passe sur la ligne de front.

Andreï Kourkov est toutefois convaincu que les Ukrainiens qui ne sont pas au front participent eux aussi au combat : La vie normale, dans cette situation, c'est aussi une résistance, affirme-t-il.

Pour lui, le simple fait d’aller dans un café, un musée ou un théâtre local s’inscrit dans la détermination ukrainienne de ne pas disparaître.

La vie est beaucoup plus précieuse aujourd'hui, pendant la guerre, que dans le temps normal.

AndreÏ Kourkov, écrivain

« Les Ukrainiens se sentent responsables de l'avenir du pays »

L’écrivain a beaucoup d’admiration pour la fibre démocratique de l’Ukraine.

Les Ukrainiens sont très politisés, ils savent qu'ils peuvent influencer la situation dans leur pays, souligne-t-il, en ajoutant que c’est entre autres ce qui les distingue du peuple russe.

Pour les Russes, la stabilité est toujours plus importante que la liberté et à cause de ça, c'était facile pour Poutine d’introduire la propagande, explique-t-il.

C'est la deuxième fois en quelques mois que l'auteur et Patrice Roy se rencontraient. M. Kourkov lui avait accordé une entrevue en studio en novembre dernier, lors de son passage à l'occasion du Salon du livre de Montréal.