Un article écrit par Radio-Canada

Nétanyahou veut interdire Al Jazeera en Israël

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Le siège d'Al Jazeera à Doha, capitale du Qatar

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a annoncé vouloir « agir immédiatement » pour interdire la diffusion de la chaîne qatarie Al Jazeera en Israël, une initiative jugée préoccupante par les États-Unis et l'Union européenne.

La chaîne terroriste Al Jazeera ne diffusera plus d'Israël. J'ai l'intention d'agir immédiatement [...] pour arrêter les activités de la chaîne, a déclaré M. Nétanyahou sur X.

Il s'est exprimé peu après le vote lundi, au Parlement israélien, d'une loi permettant d'interdire la diffusion en Israël de médias étrangers portant atteinte à la sécurité de l'État, un texte visant la chaîne qatarie.

Après la Maison-Blanche, qui a jugé préoccupante cette éventuelle interdiction, l'Union européenne s'est dite préoccupée mardi après l'adoption de ce projet de loi.

Ce texte approuvé selon une procédure accélérée et à une très large majorité par les députés (70 pour, 10 contre) donne au premier ministre la possibilité d'interdire la diffusion de contenus de la chaîne visée, mais aussi de fermer ses bureaux en Israël.

La chaîne de télévision qatarie Al Jazeera a dénoncé lundi son interdiction de diffusion par Israël.

Des agents terroristes

Al Jazeera a dénoncé une campagne frénétique à son encontre lancée par M. Nétanyahou qui l'accuse de nuire à la sécurité d'Israël et d'avoir activement participé à l'attaque du 7 octobre, d'après un communiqué de la chaîne. Le réseau Al Jazeera condamne ces déclarations et n'y voit qu'un mensonge dangereux et ridicule.

L'armée israélienne a affirmé à plusieurs reprises que des journalistes d'Al Jazeera étaient des agents terroristes affiliés au mouvement islamiste palestinien Hamas et à son allié du Djihad islamique à Gaza.

La chaîne nie farouchement ces accusations et accuse Israël de cibler systématiquement ses employés dans la bande de Gaza.

De son côté, le Hamas a dénoncé lundi soir dans un communiqué la résolution d'Israël qui cherche désespérément à occulter la vérité sur ses crimes odieux, qui font honte à l'humanité, et dont le monde entier a été témoin à travers les écrans d'Al Jazeera et des médias libres.

Le Comité de protection des journalistes (CPJ) a quant à lui indiqué sur X être profondément préoccupé par la nouvelle législation autorisant le gouvernement Nétanyahou à fermer Al Jazeera en Israël.

Cela contribue à un climat d'autocensure et d'hostilité envers la presse, une tendance qui s'est intensifiée depuis le début de la guerre, a affirmé le CPJ.

Le chef du bureau d'Al Jazeera dans le territoire palestinien, Wael al-Dahdouh, a été blessé par une frappe israélienne en décembre qui a tué le caméraman de la chaîne dont le siège est au Qatar. Ce pays est aussi le lieu de résidence du chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh.

Trop de journalistes ont perdu la vie

Les États-Unis, proche allié d'Israël, ont estimé qu'une éventuelle interdiction d'Al Jazeera en Israël serait préoccupante.

Je vais vous renvoyer vers Israël sur ce qu'ils envisagent de faire, mais [...] si c'est vrai, une telle décision serait préoccupante, a dit la porte-parole de l'exécutif américain Karine Jean-Pierre. Nous croyons à la liberté de la presse, a-t-elle ajouté.

Et Peter Stano, porte-parole de l'UE pour les Affaires étrangères, a assuré mardi soir que l'Union est préoccupée par la législation récemment adoptée, qui confère au gouvernement israélien des pouvoirs temporaires lui permettant d'empêcher des médias étrangers d'opérer en Israël.

La liberté de la presse doit être garantie partout, y compris dans les contextes de guerre, a-t-il indiqué.

Trop de journalistes ont perdu la vie et des centaines ont été blessés depuis le début du conflit à Gaza le 7 octobre. Nous condamnons fermement les assassinats de journalistes et rappelons la nécessité de garantir leur accès, leur sécurité et leur protection à tout moment, a-t-il conclu, sans faire référence directement à Al Jazeera.