Un article écrit par Philippe Leblanc

La Chine améliore son image en Asie du Sud-Est, indique un sondage

International > Politique internationale

La perception plus positive de la Chine arrive au moment où Pékin accentue ses manœuvres militaires dangereuses dans la région pour faire valoir ses revendications territoriales.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
La perception plus positive de la Chine arrive au moment où Pékin accentue ses manœuvres militaires dangereuses dans la région pour faire valoir ses revendications territoriales.

Un peu plus de la moitié des répondants à l'enquête de l'Institut d’études du Sud-Est asiatique Yusof Ishak veulent s'aligner avec la Chine plutôt qu'au côté des États-Unis.

Si la région devait choisir entre les deux superpuissances, un peu plus de la moitié des Asiatiques du Sud-Est préféreraient désormais s'aligner avec la Chine plutôt qu’au côté des États-Unis. Un sondage publié le 2 avril par l’Institut d’études du Sud-Est asiatique Yusof Ishak (ISEAS Yusok Ishak), situé à Singapour, montre que Pékin exerce une influence croissante dans la région.

Selon le sondage, 50,5 % des répondants souhaiteraient s’aligner avec la Chine, alors que 49,5 % choisiraient les États-Unis. Il s’agit d’un changement d’allégeance pour les répondants au sondage. C’est la première fois que les États-Unis ne sont pas la superpuissance de choix depuis que ce sondage est publié en 2020.

Le sondage d'ISEAS Yusof Ishak a été mené auprès de 1954 répondants provenant de 10 pays d’Asie du Sud-Est. L’an dernier, 38,9 % d’entre eux avaient répondu qu’ils choisiraient la Chine plutôt que les États-Unis.

Le rapport est particulièrement attendu chaque année par les experts et analystes en géopolitique, car il permet de prendre le pouls des élites de la région à propos de la rivalité Chine-États-Unis et l’influence des deux superpuissances dans la région.

Est-ce que cela est préoccupant pour les États-Unis et ses alliés? Si la tendance s'accélère dans les prochaines années, cela pourrait poser problème pour Washington. L'Asie du Sud-Est est une région extrêmement importante sur les plans stratégique et économique, compte tenu de sa position géographique et de son immense marché comptant près de 700 millions d'habitants, explique Benoît Hardy-Chartrand, professeur auxiliaire à l’Université Temple Japan et chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand.

De plus, contrairement aux États-Unis, dont l'attention est actuellement portée vers des conflits à l'extérieur de l'Asie, la Chine a pu concentrer ses efforts sur la région, augmentant ses investissements à un rythme rapide, surtout en ce qui a trait au financement de grands projets d'infrastructures, ajoute M. Hardy-Chartrand.

Même si l’économie chinoise traverse sa pire crise en 30 ans, les investissements chinois dans la zone Asie-Pacifique, basés sur les Nouvelles routes de la soie, ont augmenté de façon considérable l’année dernière, totalisant 37 milliards de dollars. Il s’agit d’une augmentation de 27,6 % par rapport à 2022.

Il existe l’impression que la Chine joue et jouera un rôle économique démesuré dans la région. Cela n’est que partiellement vrai en termes d’échanges de marchandises. Les États-Unis, l’Union européenne et le Japon continuent de jouer un rôle plus important, malgré les Nouvelles routes de la soie de la Chine. Il ne s’agit généralement pas d’infrastructures à haute visibilité et n’impliquent pas de cérémonies sophistiquées avec des poids lourds politiques coupant des rubans. Les technologies, les services et les capitaux ne sont pas faciles à voir et à toucher physiquement. Le rapport reflète dans une certaine mesure cette perception, soutient Ian Chong, professeur associé à l’Université nationale de Singapour.

Pour Mathieu Duchâtel, directeur des études internationales de l’Institut Montaigne, le fait que Pékin répète fréquemment que les États-Unis sont une force déstabilisatrice dans la région semble porter ses fruits auprès de l’opinion publique.

C’est difficile de mesurer l’importance de ce facteur, mais la stratégie chinoise qui consiste à faire porter sur la politique américaine la responsabilité des tensions de sécurité en Asie produit des résultats d’image. Des termes comme l’OTAN-isation de l’Asie-Pacifique et la mentalité de guerre froide rejoignent un public déjà sceptique à l’égard des États-Unis et qui pense que la stratégie américaine est un risque pour la paix, précise-t-il.

La perception plus positive de la Chine arrive au moment où Pékin accentue ses manœuvres militaires dangereuses dans la région pour faire valoir ses revendications territoriales. Les Philippines exhortaient le mois dernier la Chine à arrêter son harcèlement en mer.

Les résultats [du sondage] seront bien entendus accueillis positivement par Beijing, pour qui l'Asie du Sud-Est est une région prioritaire pour son économie, et compte tenu aussi de revendications territoriales de la Chine qui causent des frictions importantes avec les Philippines et le Vietnam, entre autres. Une perception plus positive du pays peut l'aider à faire avancer ses intérêts auprès des élites politiques et économiques de la région, conclut Benoît Hardy-Chartrand.

Le président chinois, Xi Jinping, a d’ailleurs reçu le président élu de l’Indonésie, Prabowo Subianto, à Pékin lundi.