Le « top gun » du système de santé sera deux fois mieux payé que le premier ministre François Legault.
Québec met le paquet afin de recruter un gestionnaire de talent pour diriger la nouvelle agence Santé Québec. La candidate ou le candidat retenu touchera un salaire de 543 000 $, en plus d'incitatifs à la performance, a appris Radio-Canada.
Remettre sur pied le système de santé québécois, ça n'a pas de prix. Le ministre Christian Dubé avait prévenu qu'il ne lésinerait pas sur la dépense pour attirer une personne de haute qualité du secteur privé, un « top gun », comme il l'a lui-même qualifié.
Le ou la PDG de l'agence Santé Québec aura pour mandat de coordonner le travail de plus de 300 000 employés du réseau de la santé et des services sociaux, répartis dans 1500 installations (hôpitaux, CHSLD, CLSC, etc.) dans toute la province.
L'an dernier, Christian Dubé avait rencontré une cinquantaine de gestionnaires du milieu des affaires pour les encourager à s'intéresser à ce futur poste ainsi qu'à la demi-douzaine de postes de vice-présidente et de vice-président qui seront pourvus par la suite.
Je peux comprendre que, pour monsieur et madame Tout-le-monde, un salaire de 500 000 $, c'est énorme
, mais il est justifié, selon Marie-Soleil Tremblay, professeure à l'École nationale d'administration publique et experte en gouvernance.
Les chances sont que, parmi ces candidats-là, il y ait des gens qui vont couper leur salaire de deux ou trois fois pour relever ce défi de société.
« Changement de culture »
La nouvelle agence doit être créée d'ici le mois de juin. Le mandat du « top gun » de la santé sera de cinq ans et renouvelable.
La personne choisie devra mettre fin au « statu quo » dans le réseau de la santé et opérer « un changement de culture » pour le rendre plus efficace, selon la volonté gouvernementale.
Ça prend quelqu'un qui va être capable de gérer le changement
, dit Mme Tremblay, surtout si le gouvernement change en 2026.
La confiance entre le ministre et cette nouvelle personne est extrêmement importante.
Le PDG de l'agence Santé Québec gagnera autant que le ministre Dubé (231 000 $) et le sous-ministre de la Santé (310 000 $) réunis. Ces trois leaders devront d'ailleurs apprendre à coordonner leurs actions. Il est prévu que le ministère n'ait plus qu'un rôle d'orientation et se départe des opérations.
La Loi visant à rendre le système de santé et de services sociaux plus efficace (projet de loi 15), adoptée sous bâillon le mois dernier, indique que Santé Québec deviendra l’employeur unique du réseau et responsable de l’attraction et de la rétention du personnel
.
Une offre d'emploi la semaine prochaine
Selon nos sources, le poste de PDG sera affiché à la mi-janvier pour environ un mois. Un comité de sélection indépendant
étudiera les candidatures, mais c'est le conseil des ministres qui prendra la décision finale.
Questionné par Radio-Canada, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a refusé de communiquer les détails de la rémunération offerte.
Les conditions de travail des dirigeants de Santé Québec seront déterminées ultérieurement par décret gouvernemental
, a répondu la porte-parole Marie-Pierre Blier. Il est donc trop tôt à ce stade pour se prononcer sur le sujet.
Selon nos informations, il a été question d'attribuer un véhicule et un chauffeur au PDG de l'agence, un privilège accordé aux ministres, mais auquel les sous-ministres n'ont pas droit. Le cabinet du ministre a toutefois affirmé, lundi, qu'il n'y aurait pas de chauffeur, mais une allocation de déplacement.
Le PDG d'Hydro-Québec, Michael Sabia, a un chauffeur. Le salaire du PDG de l'agence Santé Québec sera d'ailleurs parmi les plus élevés des sociétés d'État québécoises.
À titre comparatif, le premier ministre François Legault touche un salaire annuel de 270 000 $ et son chef de cabinet, Martin Koskinen, gagne 301 000 $.
L'agence, dont le siège social sera à Québec, aura un conseil d'administration de 15 membres, auquel siégeront le PDG et le sous-ministre. Les membres seront nommés par le conseil des ministres.
Les PDG des CISSS et des CIUSSS relèveront directement de Santé Québec. Plusieurs d'entre eux gagnent entre 250 000 $ et 300 000 $ par année, à l'exception de la PDG du Centre universitaire de Santé McGill, Lucie Opatrny, qui gagne un salaire de 398 000 $.
Le directeur national de la santé publique, Luc Boileau, également sous-ministre adjoint, gagne 336 000 $. Son prédécesseur, Horacio Arruda, gagnait 330 000 $.
Réaction des syndicats
La réforme Dubé dévoile son vrai visage
, réagit la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). Des salaires démesurés pour les "top guns" qui vont gérer notre réseau comme une business et une porte grande ouverte à la privatisation.
Selon le syndicat, le gouvernement de la CAQ importe des pratiques salariales inacceptables du secteur privé où les PDG empochent des rémunérations indécentes par rapport à celles des travailleuses et des travailleurs, sans que cela garantisse un meilleur fonctionnement.
Québec solidaire s'est aussi offusqué du salaire envisagé. « On a encore la pilule du bâillon en travers de la gorge, et le gouvernement essaie de nous faire avaler un salaire d’un demi-million pour le futur PDG de Santé Québec », réagit le porte-parole du parti en matière de Santé, Vincent Marissal.
Le premier ministre ne peut pas octroyer des salaires démesurés aux hauts dirigeants d’une main, tandis que de l’autre il refuse des conditions de travail dignes aux infirmières et au personnel sur le terrain.