Un sondage réalisé pour un regroupement syndical conclut que 43 % des employés d'hôpitaux en Ontario envisagent, à des degrés divers, de quitter leur emploi dans la prochaine année. Des syndicats demandent au gouvernement provincial d’agir, afin de sauver le système de santé en crise.
Le sondage a été réalisé par Nanos auprès de 775 employés d'hôpitaux ontariens et commandé par des syndicats d'employés.
Il révèle que 41 % des travailleurs hospitaliers redoutent d'aller au travail
et que deux employés sur cinq envisagent de quitter leur poste.
Le sondage confirme que les travailleurs sont profondément mécontents de leurs conditions de travail et que cela a des conséquences sur leur santé mentale
, affirme Sharon Richer, représentante du Conseil des syndicats d'hôpitaux de l’Ontario (OCHU).
En effet, près de 70 % des répondants estiment qu’il n’y a pas assez de personnel pour offrir des soins de qualité, 62 % se disent épuisés et 49 % souffrent d'anxiété, selon le sondage.
Les travailleurs ont été formés pour offrir des soins de qualité et ça les touche beaucoup lorsqu’ils ont le sentiment que ce n’est pas le cas, explique Sharon Richer.
La crise aiguë des effectifs est directement liée aux soins des patients.
Elle rappelle les nombreuses fermetures d’urgences au cours de la dernière année ainsi que les longs délais pour les interventions chirurgicales.
Le sondage souligne également que 79 % des travailleurs hospitaliers ne croient pas que le plan du gouvernement provincial permettra d'améliorer le système de santé dans la prochaine année. Tout cela suggère qu'à moins que le gouvernement change de cap, nous nous dirigeons vers une situation plus grave, plus catastrophique
, affirme Sharon Richer.
France Gélinas, députée de Nickel Belt et porte-parole du NPD en matière de santé, n’est pas surprise de ces résultats. Je sais que beaucoup de travailleurs et travailleuses de la santé n’en peuvent plus, mais ils savent que s’ils partent, ça rendra les choses encore pires pour leurs patients
, dit-elle.
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Les syndicats demandent un investissement annuel de 1,24 milliard de dollars pour les quatre prochaines années en plus d'une indexation à l’inflation.
Nous savons que les deux principaux problèmes à l’origine de la pénurie de personnel sont la charge de travail et la rémunération
, souligne Dave Verch, premier vice-président du Conseil et du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), précisant que plus de la moitié des répondants sont insatisfaits de leur salaire.
Le sondage a été réalisé au téléphone par Nanos Research auprès de 775 membres, entre le 16 et le 19 octobre 2023, à partir d’une liste de membres fournie par le SCFP et l’OCHU.
Le taux de réponse a été de 3 %. Aucune marge d’erreur ne s’applique à ces données.
Plus d'infirmières
Les infirmiers et infirmières de la province sont parmi les mieux payés au pays, affirme Hannah Jensen, porte-parole de la ministre ontarienne de la Santé Sylvia Jones, dans un courriel, ajoutant que le gouvernement a embauché plus de 15 000 infirmières en 2023.
Elle rappelle également que la province a éliminé des obstacles pour faciliter la reconnaissance des diplômes internationaux et interprovinciaux des infirmières, élargi le programme pour couvrir les droits de scolarité d'un plus grand nombre d'étudiants en sciences infirmières et ouvert un nombre historique
de places de formation d'infirmières praticiennes.
Toutefois, selon Shanon Richer, ce n'est pas suffisant
. L’Ontario aurait besoin de 60 000 employés de la santé supplémentaires au cours des quatre prochaines années afin de répondre aux besoins, ajoute Dave Verch.
Les syndicats demandent aussi des ratios personnel-patients dans tous les services hospitaliers. Cette année, la Colombie-Britannique a été la première province à établir un ratio infirmière-patients.
Il faut aussi plus de personnel à temps plein, selon eux. À l’heure actuelle, la moitié du personnel est à temps plein, souligne Dave Verch. Nous proposons une augmentation à 70 % sur cinq ans
, déclare-t-il.
Ne plus avoir à travailler à trois endroits pour venir à bout de payer son loyer et de nourrir ses enfants ferait du bien à beaucoup de travailleurs de la santé
, affirme France Gélinas.L’Ontario a l’argent [...] On est capables de faire les investissements nécessaires pour augmenter le personnel afin qu’il y ait des charges de travail vivables et pour augmenter les salaires
, dit-elle.
La cheffe du NPD, Marit Stiles, demande pour sa part aux progressistes-conservateurs de répondre à l'appel urgent des syndicats et de cesser de sous-investir dans les hôpitaux de l'Ontario
.
« Les travailleurs de la santé partent et Ford ne fait rien pour les retenir », déplore-t-elle dans un communiqué.