Un article écrit par Radio-Canada

Un Québécois sur trois serait obsédé par son poids

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Plus de la moitié des Québécois voudraient perdre du poids au cours de la prochaine année. (Archives)Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Plus de la moitié des Québécois voudraient perdre du poids au cours de la prochaine année. (Archives)

Un Québécois sur trois serait obsédé par son poids, révèle un sondage Léger réalisé pour l’organisme ÉquiLibre.

Le même sondage nous apprend que 41 % des répondants sont angoissés et stressés par leur poids, tandis que 81 % des Québécois jugent que la société accorde trop d’importance au poids.

Plus de la moitié des Québécois auraient pris la résolution de perdre du poids en 2024.

Je ne suis pas surprise par les résultats, a expliqué la diététiste et nutritionniste estrienne Cora Loomis en entrevue à Par ici l’info. J’en vois tous les jours, des personnes qui vivent une vraie détresse vis-à-vis de leur poids. Ça ne me surprend pas, même si j’ai espoir qu'il y ait de plus en plus de discussions qui vont dans la direction de l’acceptation corporelle.

C’est normal d’être encore obsédé, préoccupé par le désir de perte de poids, étant donné que la société est très grossophobe.

Cora Loomis, diététiste et nutritionniste de l’Estrie

Pour cette diététiste et nutritionniste, il existe une dichotomie entre les messages liés au poids et la vie de tous les jours. Les idées d’acceptation et de diversité corporelle sont parfois difficiles à appliquer au quotidien.

Dès qu’on sort des standards de beauté, dès qu’on a un corps plus gros, s’asseoir sur une chaise dans le bureau d’un médecin, ça devient plus difficile. S’habiller dans un magasin ordinaire, ça devient plus difficile. La vie coûte plus cher aussi, se désole Cora Loomis.

La grossophobie sous plusieurs formes

Elle donne entre autres comme exemple la grossophobie médicale.

C'est un traitement différent de la part d’un professionnel de la santé, d’un médecin, d’une infirmière ou d’une nutritionniste, par exemple. Les médecins tendent à passer moins de temps avec les personnes grosses dans les consultations. L’accessibilité du matériel comme le scan est restreinte; ce n’est pas tout le monde qui peut entrer dedans pour avoir un diagnostic, souligne Cora Loomis.

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Ce type de grossophobie peut être problématique pour la santé des personnes touchées. C’est un gros problème, parce que ça fait en sorte que les gens ne veulent plus aller chez le médecin, donc quand il y a un problème de santé, on ne consulte pas et ça s’aggrave, rappelle Mme Loomis, qui travaille comme diététiste et nutritionniste depuis 2009.

Qu’on le souhaite ou non, on a des préjugés. On a des biais. La grossophobie, tout le monde la vit. On a des attitudes grossophobes, peu importe qui on est, à cause de la société.

Cora Loomis, diététiste et nutritionniste de l’Estrie

La grossophobie ne se limite pas aux cabinets des médecins. Au travail, il y a réellement moins de possibilités pour les personnes grosses. Il y a même moins d'accessibilité au travail, comme des chaises adaptées. Quelqu’un qui serait dans un corps plus gros pourrait être exclu au niveau social, affirme Cora Loomis.

Les gens ne sentent plus qu’ils ont le droit de dire qu’ils veulent perdre du poids, constate-t-elle par ailleurs. C’est comme si le message d’acceptation et de diversité corporelle prend tellement de place qu’ils se disent : "Il ne faut pas que je le dise, mais je veux vraiment perdre du poids. Je ne suis pas bien dans mon corps. Je n’arrive même pas à m’aimer comme je suis", souligne-t-elle.

Cette professionnelle recommande de s’informer davantage afin de mieux comprendre la culture des diètes, la culture du bien-être et la grossophobie et afin de mieux cerner ces phénomènes. À Sherbrooke, Arrimage est un organisme qui aide les gens à développer une relation plus saine avec leur corps. On y offre plusieurs services, dont des conférences en ligne gratuites, précise-t-elle.

C’est correct de vouloir perdre du poids. C’est correct d’être obsédé. C’est souffrant, ce n’est pas le fun et il y a moyen de s’en sortir, mais tout d’abord, c’est correct et c’est normal.

Cora Loomis, diététiste et nutritionniste de l’Estrie

Nourrir son corps adéquatement, faire des changements qui ont du sens en fonction de ses valeurs, de ses priorités, de sa santé et de sa réalité, c’est du respect et c’est beau. Faire des changements, ça ne va pas à l’encontre de l’acceptation corporelle, rappelle-t-elle.