À l’aube d’une réforme de son réseau de la santé, Québec sort le chéquier pour garder ses employés. Radio-Canada a obtenu les détails des primes de rétention, celles pour les soirs et les week-ends, ainsi que pour les heures supplémentaires, convenues avec la Fédération de la santé et des services sociaux affiliée à la CSN (FSSS-CSN), membre du Front commun syndical.
Alors que les négociations entre le gouvernement et les infirmières de la FIQ, qui ne font pas partie du Front commun, semblent dans une impasse, les 120 000 membres de la FSSS-CSN se prononceront sur leur entente sectorielle d’ici le 20 février. On compte parmi eux des inhalothérapeutes, des infirmières, des préposés aux bénéficiaires, des travailleurs en soins à domicile, en entretien ménager, du personnel administratif et des services sociaux ainsi que des agents d’intervention.
Les employés qui travaillent à temps complet en soins critiques, c’est-à-dire des soins aux usagers, à l'urgence ou aux soins intensifs, obtiendront une bonification de 15 % de leur salaire. La prime pour ceux à temps partiel peut atteindre 14 %. Rappelons que ces primes s’ajoutent aux augmentations salariales de 17,4 % sur cinq ans obtenues par le Front commun.
Il fallait être au rendez-vous en matière de salaire et de bonification des primes pour s’assurer qu’il n’y ait pas de coupes de services et qu’il y ait une relève. Le leitmotiv de toute cette négociation-ci, c’est de sauver le secteur public.
Pour retenir les employés essentiels
Si les membres entérinent l’entente, le taux horaire d’un préposé aux bénéficiaires (PAB) qui travaille dans un CHSLD, le soir, à temps complet, passera de 30,22 $ à 36,46 $. Celui œuvrant la nuit verra son salaire augmenter à 38,89 $ l’heure, lorsqu’on tient compte des augmentations salariales et des primes.
Le gouvernement Legault a promis aux médecins davantage de secrétaires pour les décharger de certaines tâches administratives. Ceux ou celles au service de l’urgence à temps plein verront leur taux horaire passer de 26,24 $ à 32,54 $.
L’autre secteur névralgique nécessitant un rattrapage concerne les employés en centre jeunesse. Les agents d’intervention de la DPJ, qui prennent en charge les jeunes au moment d'une crise et assurent ensuite leur surveillance, obtiennent une bonification importante. Leur salaire de 26 $ l’heure grimpe à 35,35 $ l’heure.
La plupart de ces primes existaient déjà dans la convention collective, mais sont bonifiées pour la convention collective 2023-2028.
Toutefois, une nouvelle prime allant jusqu’à 5 % fait son apparition pour les travailleurs en résidence à assistance continue (RAC). Il s’agit de ceux qui s’occupent des personnes de tout âge ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme avec un trouble du comportement.
Il y a le recrutement qui est difficile, mais aussi la tâche en soi. On souhaite attirer du personnel dans ces milieux-là et assurer une rétention
, ajoute Réjean Leclerc.
Pour encourager à travailler les soirs et les week-ends
L’entente sectorielle de la FSSS-CSN prévoit également des primes pour les quarts défavorables, comme le souhaitait Québec. Les travailleurs à temps complet qui accepteront les quarts de soir toucheront une prime de 10 % de leur salaire. Ceux à temps partiel auront droit à 7 %.
Les travailleurs qui accepteront les quarts de nuit obtiendront une prime de 18 % pour ceux à temps complet et de 14 % pour ceux à temps partiel.
Pour encourager les heures supplémentaires
En pleine pénurie de main-d’œuvre, Québec ne s’en cache pas : le gouvernement a besoin que des travailleurs du réseau de la santé fassent des heures supplémentaires.
Un employé qui travaille le samedi et le dimanche en heures supplémentaires dans un CHSLD ou un centre hospitalier obtiendra un taux de rémunération doublé pour son quart de travail.
D’ailleurs, un tel quart de travail pourra désormais être cumulé en congé.
Quelle flexibilité?
Les ministres du gouvernement Legault et le premier ministre lui-même ont souvent insisté sur la nécessité que les syndicats fassent preuve de flexibilité avec les conventions collectives.
Le ministre Christian Dubé mise notamment sur la gestion locale des horaires pour réduire le recours aux heures supplémentaires. Les employés pourraient répartir les heures de travail entre eux.
La FSSS-CSN accepte d’introduire cette méthode, mais sur une base volontaire des équipes de travailleurs. Les délégués reconnaissent qu’elle pourrait aussi améliorer la conciliation famille-travail-études, si les travailleurs indiquent leurs préférences, tout en tenant compte des besoins des autres membres de l’équipe. Ce qui était crucial pour nous, c’est que ce soit volontaire
, affirme M. Leclerc.
L’organisation syndicale accepte aussi de mettre en place un processus, durant quelques mois, afin de reconnaître l’ancienneté pour le personnel des agences privées et pour les travailleurs du réseau qui arrivent d’autres établissements. Elle prévoit également travailler à un plan de rapatriement du personnel d’agence et de la main-d’œuvre indépendante
.
Les détails seront d’abord présentés aux membres, indique Réjean Leclerc. Il faut une certaine stabilité malgré la flexibilité. Ça va créer un esprit d’équipe, mais aussi une sécurité. Les patients ne peuvent pas se retrouver chaque jour à changer de personnel.