Un article écrit par David Beauchamp

« Ça va continuer d’être difficile dans les urgences au Québec », dit le ministre Dubé

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Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a fait le point sur la situation dans les urgences du Québec le 10 janvier 2024.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a fait le point sur la situation dans les urgences du Québec le 10 janvier 2024.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, affirme que la situation « va continuer d'être difficile dans les urgences au Québec », où le nombre de visites a connu une hausse de 10 % par rapport à la même période l'an dernier.

Lors d'un point de presse où il a fait le bilan de la situation dans les urgences au cours des 14 derniers jours, le ministre Dubé s'est aussi montré préoccupé par l'âge des patients qui se présentent aux urgences et par leur plus grande vulnérabilité.

On est passés de 9000 à 10 000 visites aux urgences par jour en moyenne dans les 14 derniers jours, donc on a 1000 visites de plus par jour qu’on en avait à la même période l’an dernier. Et sur ces 10 000 [nouveaux patients], il y en a 1600 qui sont âgés de plus de 75 ans, ce qui représente une difficulté de cas supplémentaire, parce que les gens sont plus vulnérables, a-t-il expliqué.

Le ministre a dit souhaiter diminuer le taux de fréquentation des urgences pour les patients dits P4 ou P5, c'est-à-dire ceux qui pourraient être traités ailleurs. Cela permettrait aux cas P1 ou P2, soit les cas prioritaires, de se faire traiter plus rapidement et plus efficacement par le personnel soignant.

Une situation « dysfonctionnelle »

Président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence et urgentologue à l'Institut de cardiologie de Montréal, le Dr Gilbert Boucher a profité de la rencontre avec la presse pour illustrer la situation dans les urgences, tant pour les délais d'attente sur les civières que pour les quarts de travail des employés.

Dans la journée du 10 janvier, 35 des 114 urgences au Québec affichaient un taux d'occupation d'au moins 150 %, selon des données compilées par Radio-Canada. Ce chiffre est craint par le Dr Boucher, qui affirmait en 2022 qu'il correspond à un dysfonctionnement des urgences.

Quand on défonce les 150 %, il faut comprendre que tout devient dysfonctionnel. Les corridors deviennent pleins, les salles d'examen sont pleines, expliquait-il à l'époque.

Quant aux conditions actuelles, il précise que les délais s'allongent pour les patients sur les civières et que le personnel des urgences doit faire de plus longs quarts.

Il n'y a plus de [quarts] de 8 heures : c'est des [quarts] de 10 à 12 heures. Ce n'est pas facile pour les patients non plus : ce n'est plus 2, 4 ou 6 heures d'attente, ce sont des 6, 12, 18 et même 24 heures d'attente. Les prochaines semaines vont être difficiles et, à l'heure actuelle, il y a 60 % de nos lits occupés par 1000 patients qui dorment dans nos urgences, fait valoir le Dr Boucher.

L'effet des virus respiratoires

Le ministre de la Santé a aussi constaté qu'il y a presque deux fois plus de patients qui se retrouvent à l'urgence en raison de virus respiratoires.

À pareille date l'an dernier, il y avait 1000 personnes qui allaient aux urgences pour des virus respiratoires. Pour la dernière période de 14 jours, il y en avait 1900 pour différents virus respiratoires autres que la COVID-19, comme l'influenza, a souligné M. Dubé.

À l'instar du ministre Dubé, le Dr Boucher précise que le pic d’influenza se dessinait un peu avant Noël et a vraiment pris son envol entre Noël et le jour de l’An. Il explique qu'il a été beaucoup plus facile de gérer la situation l’an dernier puisque le pic a eu lieu vers la fin novembre alors que toutes les équipes étaient présentes, contrairement à cette année, où il y avait moins de ressources disponibles dans les urgences.

Plus globalement, le directeur national de la santé publique, le Dr Luc Boileau, soutient que la tendance est à la hausse pour le nombre d'hospitalisations causées par l'influenza au Québec dans les dernières semaines, contrairement à celles provoquées par la COVID et par le virus respiratoire syncytial (VRS), qui se sont stabilisées.

La grippe continue à monter. Probablement qu'on va atteindre notre pic durant le mois de janvier, mais c'est sûr que la période va être difficile. Les urgences sont encore [dans un état] particulièrement critique et on anticipe que ça puisse durer une partie importante de l'hiver au-delà du mois de janvier, a précisé M. Boileau, ajoutant que le nombre de cas devrait quand même diminuer en janvier.

Il a mentionné qu'il y a une rentrée scolaire en ce moment et que c'est un moment propice pour la circulation des virus respiratoires. Il ne faut pas baisser la garde : l'hiver est commencé et ça pourrait être plus long si on n'adopte pas de bons réflexes de prévention, a-t-il rappelé, insistant notamment sur l'efficacité de la vaccination.

Manque de lits au Québec

Une des solutions récemment adoptées par le ministère de la Santé a consisté à ajouter 500 lits pour les patients qui n'ont plus besoin d'être à l'hôpital dans les régions de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale.

Pour la présidente de l'Association des médecins d'urgence du Québec et urgentologue, la Dre Judy Morris, cette solution était la seule réalisable à court terme dans un contexte où le réseau est étiré au maximum, presque en tout temps.

Quand on se compare à d’autres pays similaires, notre capacité est plus faible en matière de soins de longue durée et de lits hospitaliers. Il faut plus de capacités dans le réseau, mais c’est difficile à faire rapidement, donc il faut des solutions à court terme pour donner une pause aux urgences, explique-t-elle.

Elle mentionne qu'une réflexion plus vaste sur l'utilisation des hôpitaux devrait être menée pour éviter ce genre de scénario.

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