Un article écrit par Emmanuel Prince-Thauvette

Le défi toujours actuel d’attirer les Franco-Albertains dans les écoles francophones

Société > Francophonie

L’Alberta compte 44 écoles francophones.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
L’Alberta compte 44 écoles francophones.

Il y a 30 ans, après des années de combat devant les tribunaux, le gouvernement albertain accordait enfin aux francophones le droit de gérer leurs propres écoles. Aujourd'hui, malgré l’explosion du nombre d’écoles et d’élèves, le défi principal demeure de convaincre les parents d’envoyer leurs enfants dans une école francophone plutôt qu'anglophone.

Dès les premières années, les conseils scolaires ont dû se battre pour offrir à leurs élèves des écoles en bon état, se rappelle Denis Tardif, qui a participé à la création de l'actuel réseau de conseils scolaires francophones.

Au début, c'était difficile, parce que même si la gestion avait été accordée par l'entremise d'un projet de loi, ça ne veut pas dire que le reste de l'appareil éducatif [...] était d'accord d'aller de l'avant, soutient-il.

Il y avait énormément de résistance. C'était au début presque impossible d'obtenir des fonds pour la construction de nouvelles écoles.

Denis Tardif, premier président du Conseil scolaire Centre-Nord

Le défi d’attirer et de retenir les élèves francophones

L’Alberta compte maintenant 44 écoles francophones dans la province. Malgré cela, la concurrence des écoles anglophones nuit à la rétention des élèves au sein du système francophone.

De nombreux jeunes francophones fréquentent toujours le système scolaire anglophone, qui offre généralement des programmes spécialisés dans des écoles plus grandes et souvent situées moins loin de la maison.

Selon le dernier recensement, seulement 49,6 % des enfants d'âge scolaire admissibles à l’éducation francophone ont fréquenté une école francophone dans leur parcours scolaire. L’Alberta est dernière au pays à ce chapitre.

Le droit à l'équivalence réelle

Pour Sylvianne Maisonneuve, présidente de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta (FCSFA), il faut que le financement du système francophone permette d’offrir des conditions d’apprentissage qui rivalisent réellement avec les écoles anglophones.

C’est surtout au niveau de la programmation secondaire, au niveau de la programmation de base, au niveau de la programmation dans les métiers, les spécialisations de programmes qui peuvent être offertes. Je pense qu'on doit développer ça, pour pouvoir assurer la rétention de nos élèves.

Sylvianne Maisonneuve, Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta

En 2020, une décision de la Cour suprême du Canada a confirmé le droit des francophones d’obtenir une éducation « réellement équivalente » à celle offerte dans les écoles anglophones.

Selon Sylvianne Maisonneuve, ce droit à l’équivalence réelle en éducation oblige la province à aller au-delà de simplement construire de nouvelles écoles francophones.

Il ne suffit pas d’avoir des murs. Il suffit d'avoir une école attrayante, une programmation attrayante, un service parascolaire attrayant, un montant de temps dans l'autobus qui est raisonnable.

Sylvianne Maisonneuve, Fédération des conseils scolaires francophones de l'Alberta

Il reste encore fort à faire dans la matière, ajoute Geneviève Savard, de la Fédération des parents francophones de l’Alberta (FPFA).

Malheureusement, l'offre n'est pas offerte dans toutes les régions où on a des francophones qui auraient le droit d'envoyer leurs enfants dans des écoles francophones, dit-elle.

Elle souhaite que le système scolaire francophone reçoive des subventions pour acquérir des enseignants [...], plus de services, plus de spécialistes pour soutenir l'apprentissage des enfants; c'est là qu'on va pouvoir vraiment commencer à parler d'un système équitable.

Une source de fierté

Les acteurs du milieu scolaire s’entendent néanmoins pour dire que l’existence des conseils scolaires francophones est une réussite.

C'est sûr que bien qu’on ait encore de grands pas à faire pour avoir l'équivalence réelle en éducation francophone, on est quand même fiers du parcours parcouru jusqu’ici, résume Geneviève Savard, de la FPFA.

Quand on regarde ça en rétrospective, je pense que c'est évident qu’il y a eu des retombées très importantes pour la communauté, affirme Denis Tardif. Il soutient notamment que la présence des écoles participe à la vitalité et la visibilité des communautés franco-albertaines partout dans la province.

Vous savez, on parle de 30 ans à la gestion scolaire, mais avant 30 ans, il y a toute une autre histoire qui a mené à cette obtention-là, rappelle Sylvianne Maisonneuve, présidente de la FCSFA.

Je ressens beaucoup de reconnaissance envers tous les gens qui étaient là avant, et puis présentement, pour le travail qu'ils font pour les élèves francophones de la province.