Un article écrit par Alexandre Gascon

« On n’a pas échoué ce soir, on n’a juste pas gagné » – Martin St-Louis

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Martin St-Louis

Homme de nuances, Martin St-Louis a choisi de regarder le verre à moitié plein samedi soir. Le contraire deviendrait sûrement décourageant à la longue.

Après la défaite de 3-0 de son club contre les Hurricanes, une septième en sept matchs (0-6-1) face à cette équipe depuis qu’il dirige le Tricolore, l’entraîneur-chef a expliqué qu'il met l’accent sur la vérité.

C’est avec celle-ci que vous vous assurez l’engagement des joueurs, a-t-il dit, en gros. Que révèle-t-elle, cette vérité? Que le Canadien a offert une meilleure opposition que d’ordinaire à une de ses bêtes noires.

Les joueurs savent qu’on a joué un assez bon match. La vérité te permet de rester sain d’esprit. Gagner est extraordinaire, mais on n’a pas échoué ce soir : on n’a juste pas gagné, a-t-il lancé.

Il faut entendre par là que le CH a tenu la Caroline en respect pendant d’assez vastes portions de cette rencontre, particulièrement à cinq contre cinq. Outre le but dans un filet désert, les deux premiers ont été réussis sur les unités spéciales (un en désavantage numérique, un en avantage). Après 40 minutes de jeu, les favoris s’étaient contentés d’une mince avance de 1-0.

Un résultat honnête, compte tenu du fait que les Hurricanes ont marqué 55 buts de plus que le CH cette saison et en ont accordé 50 de moins. L’implacable logique mathématique ne militait pas en faveur des Montréalais, disons.

Il y avait donc une relative fierté à avoir limité l’adversaire à huit occasions de marquer à forces égales – et quatre poteaux –, même si le CH n’a pas pu en obtenir plus de cinq. On dit relative parce que les faciès étaient un peu longs dans le vestiaire malgré tout. On répétait un discours comme un mantra, discours qu'a repris l’entraîneur quelques instants plus tard.

L’effort était là. Ils ont marqué deux fois sur les unités spéciales, mais on a bien joué à cinq contre cinq. [Le gardien des Hurricanes] a fait de bons arrêts. Ils sont bons pour jouer avec l’avance. Ils ne nous ont rien donné en troisième.

Samuel Montembeault, gardien du Canadien de Montréal

J’ai aimé notre jeu à cinq contre cinq. C'est le plus proche qu’on a été de cette équipe-là : on a bien géré leur pression […]. Ce n’est pas facile de remonter contre eux : on a continué à se battre. Comme jeu collectif, contre cette équipe, c’est le meilleur qu’on a fait depuis que je suis ici, a enchaîné St-Louis.

Les Hurricanes pratiquent un style de jeu des plus épuisants : un échec avant à haute intensité doublé d’une couverture homme à homme. Un style épuisant pour ceux qui doivent l’appliquer, étouffant pour ceux qui y font face si on n’arrive pas à vaincre cette pression de tous les instants.

Jordan Harris a décrit ainsi ce système :

Chaque fois qu’on sort la rondelle de la zone, ils la renvoient rapidement dans le fond de notre territoire au moindre revirement. Même s’il y a un joueur libre, souvent, ils vont juste lancer la rondelle en fond de territoire, et c’est difficile de jouer contre ça, surtout pour un défenseur. C’est sans arrêt, présence après présence, chaque trio. Tout le monde joue de la même façon, des vedettes jusqu’aux gars de profondeur, a expliqué l’arrière de 23 ans.

Or, dans ce département, il y avait une certaine amélioration, et c’est bien évidemment sur cet aspect que veut insister un entraîneur qui dirige une équipe diminuée, moins talentueuse et moins expérimentée, une équipe en reconstruction.

Après tout, le Canadien venait de signer trois gains d’affilée pour la première fois de la saison, en bonne partie grâce au brio de ses gardiens, mais un peu aussi en raison d’une défense plus étanche.

Tous ces matchs contre des puissances de la ligue servent aussi d’intéressant baromètre à l’approche de la fin de la saison. C'est l’occasion de mesurer où en sont les uns et les autres six mois après le camp d’entraînement. St-Louis aura neuf autres matchs pour le faire, dont huit contre des formations actuellement qualifiées en séries ou en pleine lutte pour y parvenir.

Il y a certainement quelques enseignements de groupe à tirer de tout ça.

Par exemple, à défaut de pouvoir imiter le style des Hurricanes, le Canadien peut s’inspirer du fait que la bande à Rod Brind’amour a acquis une identité claire, un jeu sans fioriture appliqué avec beaucoup de zèle. Montréal tente de trouver sa voie.

Il y a des trucs qu’ils font bien que tu peux imiter, mais en général, tu dois rester fidèle à ton identité. On a du travail à faire, on a une longue route devant nous. Mais on en parle et on veut en arriver à ce point où on joue ces matchs importants en fin de saison. On y croit : il faut maintenant faire des pas vers l’avant, a laissé tomber Brendan Gallagher.

En était-ce un, samedi soir? Difficile à dire.

Même si le CH a bien paru à forces égales, à l’exception d’une présence pénible au cours de laquelle Nick Suzuki et Harris ont redonné trois fois la rondelle à l’adversaire en 30 secondes, ce qui s’est conclu par la punition dudit défenseur, jamais l’équipe n’a placé les Canes sur les talons ni n'est parvenue à les déstabiliser.

Et on parle probablement d’une formation qui, tout naturellement, lève un peu le pied face à un adversaire inférieur. C’est humain, tout simplement.

Cependant, les joueurs doivent emmagasiner tous les petits gains qu’ils arrachent. Et museler en partie l’attaque des Hurricanes en est un, foi de St-Louis.

On est tous positifs et optimistes. On s’améliore. On commence à comprendre quelle sera notre identité, mais on a encore une longue route devant nous, a conclu Gallagher.

Personne ne l’a contredit.