Un article écrit par Marc Antoine Godin

Quand le premier trio du Canadien impose sa cadence... et son leadership

Sports > Hockey

Nick Suzuki et Cole Caufield se sont félicités plus d'une fois face aux Panthers.Cliquez ici pour afficher l'image d'en-tête
Nick Suzuki et Cole Caufield se sont félicités plus d'une fois face aux Panthers.

Le Canadien s’est tapé une série de sept revers de suite face aux Panthers de la Floride avant d’enfin avoir le dessus. Après plusieurs essais infructueux, le gardien Samuel Montembeault a finalement pu savourer une victoire face à son ancienne équipe.

Avant qu’on en vienne à ce gain de 5-3, mardi soir, il y a eu dans ces sept matchs sans victoire des affrontements carrément délirants, comme ce revers de 9-5 à Sunrise, la saison dernière, au cours duquel 10 buts avaient été marqués en première période. Il y a eu des matchs où le CH a été déclassé en plein Centre Bell. Il y a eu des matchs avec passablement de brasse-camarade et de sautes d’humeur. Mais avec ce dénominateur commun que les puissants Panthers sortaient toujours gagnants.

Le 29 février dernier, il a fallu une séance de tirs de barrage pour départager les deux équipes. Pour la première fois depuis longtemps, le Tricolore pouvait sentir qu’il était proche, qu’il ne se faisait pas déclasser.

Mais avec des Panthers actifs pour un deuxième match en deux soirs et privés de Matthew Tkachuk et de Carter Verhaeghe, l’adversaire était prenable, même s’il demeurait un indéniable prétendant à la Coupe Stanley.

Il fallait tirer avantage de cela, a convenu Nick Suzuki. C’est une équipe qui a déjà essayé d’imposer sa robustesse et qui nous a sortis de notre propre amphithéâtre une fois ou deux la saison dernière. C’était assurément un match qu’on voulait leur reprendre en tirant profit de la situation.

Suzuki et Slafkovsky s'imposent

Il y a beaucoup de choses à aimer de ce gain qui a vu le Canadien lancer les choses assez tôt et connaître l’une de ses meilleures deuxièmes périodes de la saison.

Il y a Suzuki lui-même, face comme toujours à l’excellent Aleksander Barkov et à qui on aime comparer le potentiel du jeune capitaine montréalais. Ses deux buts lui ont permis de franchir le cap des 70 points. Et même si Barkov a marqué son traditionnel but contre les favoris de la foule – personne n’a plus de points que lui face au CH depuis son arrivée dans la ligue en 2013 – le trio de Suzuki a eu le dessus sur le sien.

Il y a également le jeu physique et teigneux que les Panthers étaient certains d’apporter et auquel le Bleu-blanc-rouge devait avoir réponse.

Martin St-Louis aurait du mal à faire abstraction de l’identité de ses adversaires en préparant ses matchs, et il ne garantit pas que son club en arrivera un jour au point où il imposera sa façon de jouer à l’autre équipe. Car l'entraîneur souhaite que son équipe soit malléable et qu’elle soit capable de rivaliser, peu importe ce que l’adversaire lui met dans les pattes.

C’est un peu ce que St-Louis est en train de découvrir avec Juraj Slafkovsky, un joueur qui se montre de plus en plus apte à piger dans un immense coffre à outils pour battre l’adversaire de différentes façons.

Et face aux Floridiens, ça impliquait de répondre à leur robustesse.

Ce que je préfère dans ce qu'il a fait cette année, c’est qu’il a compris ce qu'il fallait utiliser quand il le fallait. Parfois c'est son côté physique, parfois c'est son calme. Il a beaucoup de sang-froid avec la rondelle maintenant, il ne panique pas, a mentionné St-Louis.

Mais je pense qu'il comprend qu'avec sa taille, être physique sera toujours une grande part de la façon dont il se comporte sur la glace... sans qu’il ait à courir partout et à chercher des choses qui ne sont pas là, a-t-il ajouté.

Slafkovsky rêve de séries éliminatoires, il a hâte au jour où le Canadien sera à cette étape-là, et il est en train de développer un style de jeu qui le servira énormément à cette période-là de l’année.

Une influence qui commence à se faire sentir

La dernière fois que le Tricolore avait battu les Panthers, c’était lors de ce qui s’est révélé être le dernier match de Carey Price dans la LNH.

Voilà une belle occasion d’ouvrir la fenêtre et de constater que là où l’on croyait ne voir qu’un gouffre entre l’époque de Price et de Shea Weber et le Canadien d’aujourd’hui, il y a quelque chose qui commence à relier les deux générations.

À l’époque, l’ancien DG Marc Bergevin aimait dire que l’influence de Price et de Weber se ferait sentir bien des années après leur départ. À première vue, on pourrait croire que rien n’a survécu de ces années-là. Il ne reste que six joueurs de l’équipe de 2021 qui s'est rendue en finale de la Coupe Stanley. Depuis, elle a touché les bas-fonds et a entamé une reconstruction avec un nouvel état-major.

Mais il y a dans l’émergence des jeunes joueurs le signe qu’au milieu des décombres, quelque chose a bel et bien poussé.

J’ai beaucoup appris d’eux en regardant tous les jours la façon dont ils agissaient avec leurs coéquipiers, avec le personnel et comment ils géraient le jeu sur la patinoire. Comment ils contrôlaient le vestiaire, aussi. Tout le monde se tournait vers eux, a dit Suzuki.

Notre groupe de leaders va arriver à ce point-là très bientôt.

Pour des vétérans comme Brendan Gallagher et Jake Evans, d’autres rares survivants de cette époque révolue, Suzuki et Caufield ont tiré de vives leçons de ce que pouvait signifier le succès individuel et collectif.

Une grande partie de ce qu'il a appris sur la façon d'être un leader vient de ces gars-là, a noté Gallagher. Les plus jeunes pourront dire qu'ils ont appris de Suzy, tout comme Webs et Pricey ont appris de quelqu'un d'autre. C'est vraiment le principe de donner au suivant.

Bien que St-Louis ait souvent parlé des valeurs et de la culture que cette nouvelle mouture du Canadien tentait d’implanter, toute cette démarche ne part pas de zéro, justement à cause de cette idée de transmission.

Il ne fait aucun doute qu’il revient aux jeunes meneurs de porter ces valeurs-là.

Je leur dis toujours qu’ils vont vivre dans la maison qu’ils sont en train de bâtir, a illustré l'entraîneur. Alors, tu es mieux de prendre soin de ta maison. C’est comme ça avec les jeunes. Je ne veux pas qu’ils arrivent dans quatre ou cinq ans et qu’ils soient fâchés de la maison qu’ils ont bâtie. C’est leur maison.

Cette analogie est bien la meilleure preuve que même dans le vestiaire, et non pas seulement au septième étage, on est conscient que la formation est en reconstruction.

Lorsque l’équipe remporte des matchs comme celui de mardi, c’est une pierre de plus qu’elle apporte à son édifice pour grandir.

Pour nous, en ce moment, il s'agit de construire les fondations, la culture, et de faire en sorte que les choses aillent dans la bonne direction et qu'elles se construisent d'année en année. C'est bien pour nous de jouer contre ces bonnes équipes, a dit Caufield.

La route est longue, c'est sûr, mais on en profite et on apprend beaucoup, a-t-il conclu.